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Le vicomte de bragelonne tome III

ProjectGutenberg'sLevicomtedeBragelonne,TomeIII.,byAlexandreDumas
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Title:LevicomtedeBragelonne,TomeIII.
Author:AlexandreDumas
ReleaseDate:November4,2004[EBook#13949]
Language:French
***STARTOFTHISPROJECTGUTENBERGEBOOKLEVICOMTEDE
BRAGELONNE,***

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AlexandreDumas
LEVICOMTEDEBRAGELONNE

TOMEIII
(1848—1850)



Tabledesmatiốres
ChapitreCXXXIIPsychologieroyale
ChapitreCXXXIIICequen'avaientprộvuninaùadenidryade
ChapitreCXXXIVLenouveaugộnộraldesjộsuites
ChapitreCXXXVL'orage
ChapitreCXXXVILapluie
ChapitreCXXXVIITobie
ChapitreCXXXVIIILesquatrechancesdeMadame
ChapitreCXXXIXLaloterie
ChapitreCXLMalaga
ChapitreCXLILalettredeM.deBaisemeaux
ChapitreCXLIIOựlelecteurverraavecplaisirquePorthosn'a
rienperdudesaforce
ChapitreCXLIIILeratetlefromage
ChapitreCXLIVLacampagnedePlanchet
ChapitreCXLVCequel'onvoitdelamaisondePlanchet
ChapitreCXLVICommentPorthos,TrỹchenetPlanchetse
quittốrentamis,grõced'Artagnan
ChapitreCXLVIILaprộsentationdePorthos
ChapitreCXLVIIIExplications
ChapitreCXLIXMadameetdeGuiche
ChapitreCLMontalaisetMalicorne
ChapitreCLICommentdeWardesfutreỗulacour
ChapitreCLIILecombat
ChapitreCLIIILesouperduroi
ChapitreCLIVAprốssouper
ChapitreCLVCommentd'Artagnanaccomplitlamissiondontle
roil'avaitchargộ
ChapitreCLVIL'affỷt
ChapitreCLVIILemộdecin
ChapitreCLVIIIOựd'Artagnanreconnaợtqu'ils'ộtaittrompộ,
etquec'ộtaitManicampquiavaitraison
ChapitreCLIXCommentilestbond'avoirdeuxcordessonarc
ChapitreCLXM.Malicorne,archivisteduroyaumedeFrance
ChapitreCLXILevoyage
ChapitreCLXIITrium-Fộminat
ChapitreCLXIIIPremiốrequerelle
ChapitreCLXIVDộsespoir




ChapitreCLXV—Lafuite
ChapitreCLXVI—CommentLouisavait,desoncôté,passéletemps
dedixheuresetdemieàminuit
ChapitreCLXVII—Lesambassadeurs
ChapitreCLXVIII—Chaillot
ChapitreCLXIX—ChezMadame
ChapitreCLXX—LemouchoirdeMademoiselledeLaVallière
ChapitreCLXXI—Oùilesttraitédesjardiniers,deséchelleset
desfillesd'honneur
ChapitreCLXXII—Oùilesttraitédemenuiserieetoùilest
donnéquelquesdétailssurlafaçondepercerlesescaliers
ChapitreCLXXIII—Lapromenadeauxflambeaux
ChapitreCLXXIV—L'apparition
ChapitreCLXXV—Leportrait
ChapitreCLXXVI—Hampton-Court
ChapitreCLXXVII—LecourrierdeMadame
ChapitreCLXXVIII—Saint-AignansuitleconseildeMalicorne
ChapitreCLXXIX—Deuxvieuxamis
ChapitreCLXXX—Oùl'onvoitqu'unmarchéquinepeutpasse
faireavecl'unpeutsefaireavecl'autre
ChapitreCLXXXI—Lapeaudel'ours
ChapitreCLXXXII—Chezlareinemère
ChapitreCLXXXIII—Deuxamies
ChapitreCLXXXIV—CommentJeandeLaFontainefitsonpremier
conte
ChapitreCLXXXV—LaFontainenégociateur
ChapitreCLXXXVI—LavaisselleetlesdiamantsdeMadamede
Bellière
ChapitreCLXXXVII—LaquittancedeM.deMazarin
ChapitreCLXXXVIII—LaminutedeM.Colbert
ChapitreCLXXXIX—Oùilsembleàl'auteurqu'ilesttempsd'en
revenirauvicomtedeBragelonne
ChapitreCXC—Bragelonnecontinuesesinterrogations
ChapitreCXCI—Deuxjalousies
ChapitreCXCII—Visitedomiciliaire
ChapitreCXCIII—LaméthodedePorthos
ChapitreCXCIV—Ledéménagement,latrappeetleportrait
ChapitreCXCV—Rivauxpolitiques
ChapitreCXCVI—Rivauxamoureux


ChapitreCXXXII—Psychologieroyale
Leroientradanssesappartementsd'unpasrapide.
Peut-êtreLouisXIVmarchait-ilsivitepournepaschanceler.Illaissaitderrière
luicommelatraced'undeuilmystérieux.
Cettegaieté,quechacunavaitremarquéedanssonattitudeàsonarrivée,etdont
chacuns'étaitréjoui,nulnel'avaitpeut-êtreapprofondiedanssonvéritablesens;
maiscedépartsiorageux,cevisagesibouleversé,chacunlecomprit,oudu
moinslecrutcomprendrefacilement.
LalégèretédeMadame,sesplaisanteriesunpeurudespouruncaractère
ombrageux,etsurtoutpouruncaractèrederoi;l'assimilationtropfamilière,sans
doute,deceroiàunhommeordinaire;voilàlesraisonsquel'assembléedonna
dudépartprécipitéetinattendudeLouisXIV.
Madame,plusclairvoyanted'ailleurs,n'yvitcependantpointd'abordautre
chose.C'étaitassezpourelled'avoirrenduquelquepetitetortured'amour-propre
àceluiqui,oubliantsipromptementdesengagementscontractés,semblaitavoir
prisàtâchededédaignersanscauselesplusnoblesetlesplusillustres
conquêtes.
Iln'étaitpassansunecertaineimportancepourMadame,danslasituationoùse
trouvaientleschoses,defairevoirauroiladifférencequ'ilyavaitàaimeren
hautlieuouàcourirl'amourettecommeuncadetdeprovince.
Aveccesgrandesamours,sentantleurloyautéetleurtoute-puissance,ayanten
quelquesorteleurétiquetteetleurostentation,unroi,nonseulementne
dérogeaitpoint,maisencoretrouvaitrepos,sécurité,mystèreetrespectgénéral.
Dansl'abaissementdesvulgairesamours,aucontraire,ilrencontrait,mêmechez
lesplushumblessujets,lagloseetlesarcasme;ilperdaitsoncaractère
d'infaillibleetd'inviolable.Descendudanslarégiondespetitesmisères
humaines,ilensubissaitlespauvresorages.
Enunmot,faireduroi-dieuunsimplemortelenletouchantaucoeur,ouplutôt
mêmeauvisage,commeledernierdesessujets,c'étaitporteruncoupterribleà
l'orgueildecesanggénéreux:oncaptivaitLouisplusencoreparl'amour-propre


queparl'amour.Madameavaitsagementcalculésavengeance;aussi,commeon
l'avu,s'était-ellevengée.
Qu'onn'aillepascroirecependantqueMadameeûtlespassionsterriblesdes
héroïnesduMoyenAgeetqu'ellevîtleschosessousleuraspectsombre;
Madame,aucontraire,jeune,gracieuse,spirituelle,coquette,amoureuse,plutôt
defantaisie,d'imaginationoud'ambitionquedecoeur;Madame,aucontraire,
inauguraitcetteépoquedeplaisirsfacilesetpassagersquisignalalescentvingt
ansquis'écoulèrententrelamoitiéduXVIIesiècleetlestroisquartsduXVIIIe.
Madamevoyaitdonc,ouplutôtcroyaitvoirleschosessousleurvéritableaspect;
ellesavaitqueleroi,sonaugustebeau-frère,avaitrilepremierdel'humbleLa
Vallière,etque,selonseshabitudes,iln'étaitpasprobablequ'iladorâtjamaisla
personnedontilavaitpurire,nefût-cequ'uninstant.
D'ailleurs,l'amour-propren'était-ilpaslà,cedémonsouffleurquijoueunsi
grandrôledanscettecomédiedramatiquequ'onappellelavied'unefemme;
l'amour-proprenedisait-ilpointtouthaut,toutbas,àdemi-voix,surtouslestons
possibles,qu'ellenepouvaitvéritablement,elle,princesse,jeune,belle,riche,
êtrecomparéeàlapauvreLaVallière,aussijeunequ'elle,c'estvrai,maisbien
moinsjolie,maistoutàfaitpauvre?Etquecelan'étonnepointdelapartde
Madame;onlesait,lesplusgrandscaractèressontceuxquiseflattentleplus
danslacomparaisonqu'ilsfontd'euxauxautres,desautresàeux.
Peut-êtredemandera-t-oncequevoulaitMadameaveccetteattaquesi
savammentcombinée?Pourquoitantdeforcesdéployées,s'ilnes'agissaitde
débusquersérieusementleroid'uncoeurtoutneufdanslequelilcomptaitse
loger!Madameavait-elledoncbesoindedonnerunepareilleimportanceàLa
Vallière,sielleneredoutaitpasLaVallière?
Non,MadameneredoutaitpasLaVallière,aupointdevueoùunhistorienqui
saitleschosesvoitl'avenir,ouplutôtlepassé;Madamen'étaitpointunprophète
ouunesibylle;Madamenepouvaitpasplusqu'unautreliredansceterribleet
fatallivredel'avenirquigardeensesplussecrètespageslesplussérieux
événements.
Non,Madamevoulaitpurementetsimplementpunirleroideluiavoirfaitune
cachotterietouteféminine;ellevoulaitluiprouverclairementques'ilusaitdece
genred'armesoffensives,elle,femmed'espritetderace,trouveraitcertainement


dansl'arsenaldesonimaginationdesarmesdéfensivesàl'épreuvemêmedes
coupsd'unroi.
Etd'ailleurs,ellevoulaitluiprouverque,danscessortesdeguerre,iln'yaplus
derois,outoutaumoinsquelesrois,combattantpourleurproprecompte
commedeshommesordinaires,peuventvoirleurcouronnetomberaupremier
choc;qu'enfin,s'ilavaitespéréêtreadorétoutd'abord,deconfiance,àsonseul
aspect,partouteslesfemmesdesacour,c'étaituneprétentionhumaine,
téméraire,insultantepourcertainesplushautplacéesquelesautres,etquela
leçon,tombantàpropossurcettetêteroyale,trophauteettropfière,serait
efficace.
VoilàcertainementquellesétaientlesréflexionsdeMadameàl'égardduroi.
L'événementrestaitendehors.
Ainsi,l'onvoitqu'elleavaitagisurl'espritdesesfillesd'honneuretavaitpréparé
danstoussesdétailslacomédiequivenaitdesejouer.
Leroienfuttoutétourdi.Depuisqu'ilavaitéchappéà
M.deMazarin,ilsevoyaitpourlapremièrefoistraitéenhomme.
Unepareillesévérité,delapartdesessujets,luieûtfournimatièreàrésistance.
Lespouvoirscroissentdanslalutte.
Maiss'attaqueràdesfemmes,êtreattaquéparelles,avoirétéjouépardepetites
provincialesarrivéesdeBloistoutexprèspourcela,c'étaitlecombledu
déshonneurpourunjeuneroipleindelavanitéqueluiinspiraientàlafoisetses
avantagespersonnelsetsonpouvoirroyal.
Rienàfaire,nireproches,niexil,nimêmebouderies.
Bouder,c'eûtétéavouerqu'onavaitététouché,commeHamlet,parunearme
démouchetée,l'armeduridicule.
Bouderdesfemmes!quellehumiliation!surtoutquandcesfemmesontlerire
pourvengeance.
Oh!si,aulieud'enlaissertoutelaresponsabilitéàdesfemmes,quelque
courtisansefûtmêléàcetteintrigue,avecquellejoieLouisXIVeûtsaisicette


occasiond'utiliserlaBastille!
Maislàencorelacolèreroyales'arrêtait,repousséeparleraisonnement.
Avoirunearmée,desprisons,unepuissancepresquedivine,etmettrecette
toute-puissanceauserviced'unemisérablerancune,c'étaitindigne,non
seulementd'unroi,maismêmed'unhomme.
Ils'agissaitdoncpurementetsimplementdedévorerensilencecetaffrontet
d'affichersursonvisagelamêmemansuétude,lamêmeurbanité.
Ils'agissaitdetraiterMadameenamie.Enamie!…Etpourquoipas?
OuMadameétaitl'instigatricedel'événement,oul'événementl'avaittrouvée
passive.
Sielleavaitétél'instigatrice,c'étaitbienhardiàelle,maisenfinn'était-cepas
sonrôlenaturel?
Quil'avaitétéchercherdansleplusdouxmomentdelaluneconjugalepourlui
parlerunlangageamoureux?Quiavaitosécalculerleschancesdel'adultère,
bienplusdel'inceste?Qui,retranchéderrièresonomnipotenceroyale,avaitdità
cettejeunefemme:«Necraignezrien,aimezleroideFrance,ilestau-dessusde
tous,etungestedesonbrasarmédusceptrevousprotégeracontretous,même
contrevosremords?»
Donc,lajeunefemmeavaitobéiàcetteparoleroyale,avaitcédéàcettevoix
corruptrice,etmaintenantqu'elleavaitfaitlesacrificemoraldesonhonneur,elle
sevoyaitpayéedecesacrificeparuneinfidélitéd'autantplushumiliantequ'elle
avaitpourcauseunefemmebieninférieureàcellequiavaitd'abordcruêtre
aimée.
Ainsi,Madameeût-elleétél'instigatricedelavengeance,Madameeûteuraison.
Si,aucontraire,elleétaitpassivedanstoutcetévénement,quelsujetavaitleroi
deluienvouloir?
Devait-elle,ouplutôtpouvait-ellearrêterl'essordequelqueslangues
provinciales?devait-elle,parunexcèsdezèlemalentendu,réprimer,aurisque
del'envenimer,l'impertinencedecestroispetitesfilles?


Touscesraisonnementsétaientautantdepiqûressensiblesàl'orgueilduroi;
mais,quandilavaitbienrepassétouscesgriefsdanssonesprit,LouisXIV
s'étonnait,réflexionsfaites,c'est-à-direaprèslaplaiepansée,desentird'autres
douleurssourdes,insupportables,inconnues.
Etvoilàcequ'iln'osaits'avoueràlui-même,c'estqueceslancinantesatteintes
avaientleursiègeaucoeur.
Et,eneffet,ilfautbienquel'historienl'avoueauxlecteurs,commeleroise
l'avouaitàlui-même:ils'étaitlaisséchatouillerlecoeurparcettenaïve
déclarationdeLaVallière;ilavaitcruàl'amourpur,àdel'amourpourl'homme,
àdel'amourdépouillédetoutintérêt;etsonâme,plusjeuneetsurtoutplusnaïve
qu'ilnelesupposait,avaitbondiau-devantdecetteautreâmequivenaitdese
révéleràluiparsesaspirations.
Lachoselamoinsordinairedansl'histoiresicomplexedel'amour,c'estla
doubleinoculationdel'amourdansdeuxcoeurs:pasplusdesimultanéitéque
d'égalité;l'unaimepresquetoujoursavantl'autre,commel'unfinitpresque
toujoursd'aimeraprèsl'autre.Aussilecourantélectriques'établit-ilenraisonde
l'intensitédelapremièrepassionquis'allume.PlusMlledeLaVallièreavait
montréd'amour,plusleroienavaitressenti.
Etvoilàjustementcequiétonnaitleroi.
Carilluiétaitbiendémontréqu'aucuncourantsympathiquen'avaitpuentraîner
soncoeur,puisquecetaveun'étaitpasdel'amour,puisquecetaveun'étaitqu'une
insultefaiteàl'hommeetauroi,puisqueenfinc'était,etlemotsurtoutbrûlait
commeunferrouge,puisqueenfinc'étaitunemystification.
Ainsicettepetitefilleàlaquelle,àlarigueur,onpouvaittoutrefuser,beauté,
naissance,esprit,ainsicettepetitefille,choisieparMadameelle-mêmeenraison
desonhumilité,avaitnonseulementprovoquéleroi,maisencoredédaignéle
roi,c'est-à-direunhommequi,commeunsultand'Asie,n'avaitqu'àchercher
desyeux,qu'àétendrelamain,qu'àlaissertomberlemouchoir.
Et,depuislaveille,ilavaitétépréoccupédecettepetitefilleaupointdene
penserqu'àelle,denerêverqued'elle;depuislaveille,sonimaginations'était
amuséeàparersonimagedetouslescharmesqu'ellen'avaitpoint;ilavaitenfin,
luiquetantd'affairesréclamaient,quetantdefemmesappelaient,ilavait,depuis
laveille,consacrétouteslesminutesdesavie,touslesbattementsdesoncoeur,


àcetteuniquerêverie.
Envérité,c'étaittropoutroppeu.
Etl'indignationduroiluifaisantoubliertouteschoses,etentreautresquede
Saint-Aignanétaitlà,l'indignationdurois'exhalaitdanslesplusviolentes
imprécations.
IlestvraiqueSaint-Aignanétaittapidansuncoin,etdececoinregardaitpasser
latempête.
Sondésappointementàluiparaissaitmisérableàcôtédelacolèreroyale.
Ilcomparaitàsonpetitamour-proprel'immenseorgueildeceroioffensé,et,
connaissantlecoeurdesroisengénéraletceluidespuissantsenparticulier,ilse
demandaitsibientôtcepoidsdefureur,suspendujusque-làsurlevide,nefinirait
pointpartombersurlui,parcelamêmequed'autresétaientcoupablesetlui
innocent.
Eneffet,toutàcouplerois'arrêtadanssamarcheimmodérée,et,fixantsurde
Saint-Aignanunregardcourroucé.
—Ettoi,deSaint-Aignan?s'écria-t-il.
DeSaint-Aignanfitunmouvementquisignifiait:
—Ehbien!Sire?
—Oui,tuasétéaussisotquemoi,n'est-cepas?
—Sire,balbutiadeSaint-Aignan.
—Tut'eslaisséprendreàcettegrossièreplaisanterie.
—Sire,ditdeSaint-Aignan,dontlefrissoncommençaitàsecouerlesmembres,
queVotreMajesténesemettepointencolère:lesfemmes,ellelesait,sontdes
créaturesimparfaitescrééespourlemal;donc,leurdemanderlebienc'estexiger
d'elleslachoseimpossible.
Leroi,quiavaitunprofondrespectdelui-même,etquicommençaitàprendre


sursespassionscettepuissancequ'ilconservasurellestoutesavie,leroisentit
qu'ilsedéconsidéraitàmontrertantd'ardeurpourunsiminceobjet.
—Non,dit-ilvivement,non,tutetrompes,Saint-Aignan,jenememetspasen
colère;j'admireseulementquenousayonsétéjouésavectantd'adresseet
d'audaceparcesdeuxpetitesfilles.J'admiresurtoutque,pouvantnousinstruire,
nousayonsfaitlafoliedenousenrapporterànotreproprecoeur.
—Oh!lecoeur,Sire,lecoeur,c'estunorganequ'ilfautabsolumentréduireàses
fonctionsphysiques,maisqu'ilfautdestituerdetoutesfonctionsmorales.
J'avoue,quantàmoi,que,lorsquej'aivulecoeurdeVotreMajestésifort
préoccupédecettepetite…
—Préoccupé,moi?moncoeurpréoccupé?Monesprit,peut-être;maisquantà
moncoeur…ilétait…
Louiss'aperçut,cettefoisencore,quepourcouvrirunvide,ilenallaitdécouvrir
unautre.
—Aureste,ajouta-t-il,jen'airienàreprocheràcetteenfant.
Jesavaisqu'elleenaimaitunautre.
—LevicomtedeBragelonne,oui.J'enavaisprévenuVotre
Majesté.
—Sansdoute.Maistun'étaispaslepremier.LecomtedeLaFèrem'avait
demandélamaindeMlledeLaVallièrepoursonfils.Ehbien!àsonretour
d'Angleterre,jelesmarieraipuisqu'ilss'aiment.
—Envérité,jereconnaislàtoutelagénérositéduroi.
—Tiens,Saint-Aignan,crois-moi,nenousoccuponsplusdecessortesde
choses,ditLouis.
—Oui,digéronsl'affront,Sire,ditlecourtisanrésigné.
—Aureste,ceserachosefacile,fitleroienmodulantunsoupir.
—Etpourcommencer,moi…ditSaint-Aignan.


—Ehbien?
—Ehbien!jevaisfairequelquebonneépigrammesurletrio.
J'appelleraicela:NaïadeetDryade;celaferaplaisiràMadame.
—Fais,Saint-Aignan,fais,murmuraleroi.Tumelirastesvers,celame
distraira.Ah!n'importe,n'importe,Saint-Aignan,ajoutaleroicommeunhomme
quirespireavecpeine,lecoupdemandeuneforcesurhumainepourêtre
dignementsoutenu.
Et,commeleroiachevaitainsiensedonnantlesairsdelaplusangélique
patience,undesvaletsdeservicevintgratteràlaportedelachambre.
DeSaint-Aignans'écartaparrespect.
—Entrez,fitleroi.
Levaletentrebâillalaporte.
—Queveut-on?demandaLouis.
Levaletmontraunelettrepliéeenformedetriangle.
—PourSaMajesté,dit-il.
—Dequellepart?
—Jel'ignore;ilaétéremisparundesofficiersdeservice.
Leroifitsigne,levaletapportalebillet.
Lerois'approchadesbougies,ouvritlebillet,lutlasignatureetlaissaéchapper
uncri.
Saint-Aignanétaitassezrespectueuxpournepasregarder;mais,sansregarder,il
voyaitetentendait.
Ilaccourut.
Leroi,d'ungeste,congédialevalet.


—Oh!monDieu!fitleroienlisant.
—VotreMajestésetrouve-t-elleindisposée?demandaSaint-Aignanlesbras
étendus.
—Non,non,Saint-Aignan;lis!
Etilluipassalebillet.
LesyeuxdeSaint-Aignanseportèrentàlasignature.
—LaVallière!s'écria-t-il.Oh!Sire!
—Lis!lis!
EtSaint-Aignanlut:
«Sire,pardonnez-moimonimportunité,pardonnez-moisurtoutledéfautde
formalitésquiaccompagnecettelettre;unbilletmesemblepluspresséetplus
pressantqu'unedépêche;jemepermetsdoncd'adresserunbilletàVotre
Majesté.
Jerentrechezmoibriséededouleuretdefatigue,Sire,etj'imploredeVotre
Majestélafaveurd'uneaudiencedanslaquellejepourraidirelavéritéàmonroi.
Signé:LouisedeLaVallière.»
—Ehbien?demandaleroienreprenantlalettredesmainsde
SaintAignantoutétourdidecequ'ilvenaitdelire.
—Ehbien?répétaSaint-Aignan.
—Quepenses-tudecela?
—Jenesaistrop.
—Maisenfin?
—Sire,lapetiteauraentendugronderlafoudre,etelleauraeupeur.
—Peurdequoi?demandanoblementLouis.


—Dame!quevoulez-vous,Sire!VotreMajestéamilleraisonsd'envouloirà
l'auteurouauxauteursd'unesiméchanteplaisanterie,etlamémoiredeVotre
Majesté,ouvertedanslemauvaissens,estuneéternellemenacepour
l'imprudente.
—Saint-Aignan,jenevoispascommevous.
—Leroidoitvoirmieuxquemoi.
—Ehbien!jevoisdansceslignes:deladouleur,delacontrainte,etmaintenant
surtoutquejemerappellecertainesparticularitésdelascènequis'estpasséece
soirchezMadame…Enfin…
Lerois'arrêtasurcesenssuspendu.
—Enfin,repritSaint-Aignan,VotreMajestévadonneraudience,voilàcequ'ily
adeplusclairdanstoutcela.
—Jeferaimieux,Saint-Aignan.
—Queferez-vous,Sire?
—Prendstonmanteau.
—Mais,Sire…
—TusaisoùestlachambredesfillesdeMadame?
—Certes.
—Tusaisunmoyend'ypénétrer?
—Oh!quantàcela,non.
—Maisenfintudoisconnaîtrequelqu'unparlà?
—Envérité,VotreMajestéestlasourcedetoutebonneidée.
—Tuconnaisquelqu'un?
—Oui.


—Quiconnais-tu?Voyons.
—Jeconnaiscertaingarçonquiestaumieuxaveccertainefille.
—D'honneur?
—Oui,d'honneur,Sire.
—AvecTonnay-Charente?demandaLouisenriant.
—Non,malheureusement;avecMontalais.
—Ils'appelle?
—Malicorne.
—Bon!Ettupeuxcomptersurlui?
—Jelecrois,Sire.Ildoitbienavoirquelqueclef…Ets'ilenaune,commeje
luiairenduservice…ilm'enferapart.
—C'estaumieux.Partons!
—JesuisauxordresdeVotreMajesté.
LeroijetasonpropremanteausurlesépaulesdeSaint-Aignanetluidemandale
sien.Puistousdeuxgagnèrentlevestibule.
ChapitreCXXXIII—Cequen'avaientprévuninaïadenidryade
DeSaint-Aignans'arrêtaaupieddel'escalierquiconduisaitauxentresolschez
lesfillesd'honneur,aupremierchezMadame.Delà,parunvaletquipassait,il
fitprévenirMalicorne,quiétaitencorechezMonsieur.
Auboutdedixminutes,Malicornearrivalenezauventetflairantdansl'ombre.
Leroiserecula,gagnantlapartielaplusobscureduvestibule.
Aucontraire,deSaint-Aignans'avança.


Mais,auxpremiersmotsparlesquelsilformulasondésir,
Malicornereculatoutnet.
—Oh!oh!dit-il,vousmedemandezàêtreintroduitdansleschambresdesfilles
d'honneur?
—Oui.
—Vouscomprenezquejenepuisfaireunepareillechosesanssavoirdansquel
butvousladésirez.
—Malheureusement,chermonsieurMalicorne,ilm'estimpossiblededonner
aucuneexplication;ilfautdoncquevousvousfiiezàmoicommeunamiqui
vousatiréd'embarrashieretquivouspriedel'entireraujourd'hui.
—Maismoi,monsieur,jevousdisaiscequejevoulais;cequejevoulais,c'était
nepointcoucheràlabelleétoile,ettouthonnêtehommepeutavouerunpareil
désir;tandisquevous,vousn'avouezrien.
—Croyez,monchermonsieurMalicorne,insistadeSaint-Aignan,que,s'il
m'étaitpermisdem'expliquer,jem'expliquerais.
—Alors,monchermonsieur,impossiblequejevouspermetted'entrerchez
MlledeMontalais.
—Pourquoi?
—Vouslesavezmieuxquepersonne,puisquevousm'avezprissurunmur,
faisantlacouràMlledeMontalais;or,ceseraitcomplaisantàmoi,vousen
conviendrez,luifaisantlacour,devousouvrirlaportedesachambre.
—Eh!quivousditquecesoitpourellequejevousdemandelaclef?
—Pourquidoncalors?
—Ellenelogepasseule,cemesemble?
—Non,sansdoute.
—EllelogeavecMlledeLaVallière?


—Oui,maisvousn'avezpasplusaffaireréellementàMlledeLaVallièrequ'à
MlledeMontalais,etiln'yaquedeuxhommesàquijedonneraiscetteclef:c'est
àM.deBragelonne,s'ilmepriaitdelaluidonner;c'estauroi,s'ilme
l'ordonnait.
—Ehbien!donnez-moidonccetteclef,monsieur,jevousl'ordonne,ditleroien
s'avançanthorsdel'obscuritéetenentrouvrantsonmanteau.MlledeMontalais
descendraprèsdevous,tandisquenousmonteronsprèsdeMlledeLaVallière:
c'est,eneffet,àelleseulequenousavonsaffaire.
—Leroi!s'écriaMalicorneensecourbantjusqu'auxgenouxduroi.
—Oui,leroi,ditLouisensouriant,leroiquivoussaitaussibongrédevotre
résistancequedevotrecapitulation.Relevez-vous,monsieur;rendeznousle
servicequenousvousdemandons.
—Sire,àvosordres,ditMalicorneenmontantl'escalier.
—FaitesdescendreMlledeMontalais,ditleroi,etneluisonnezmotdema
visite.
Malicornes'inclinaensigned'obéissanceetcontinuademonter.
Maisleroi,paruneviveréflexion,lesuivit,etcelaavecunerapiditésigrande,
que,quoiqueMalicorneeûtdéjàlamoitiédesescaliersd'avance,ilarrivaen
mêmetempsqueluiàlachambre.
Ilvitalors,parlaportedemeuréeentrouvertederrièreMalicorne,LaVallière
touterenverséedansunfauteuil,etàl'autrecoinMontalais,quipeignaitses
cheveux,enrobedechambre,deboutdevantunegrandeglaceettouten
parlementantavecMalicorne.
Leroiouvritbrusquementlaporteetentra.
Montalaispoussauncriaubruitquefitlaporte,et,reconnaissantleroi,elle
s'esquiva.
Àcettevue,LaVallière,desoncôté,seredressacommeunemortegalvaniséeet
retombasursonfauteuil.


Lerois'avançalentementverselle.
—Vousvoulezuneaudience,mademoiselle,luidit-ilavecfroideur,mevoici
prêtàvousentendre.Parlez.
DeSaint-Aignan,fidèleàsonrôledesourd,d'aveugleetdemuet,deSaintAignans'étaitplacé,lui,dansuneencoignuredeporte,surunescabeauquele
hasardluiavaitprocurétoutexprès.
Abritésouslatapisseriequiservaitdeportière,adosséàlamuraillemême,il
écoutaainsisansêtrevu,serésignantaurôledebonchiendegardequiattendet
quiveillesansjamaisgênerlemaître.LaVallière,frappéedeterreuràl'aspectdu
roiirrité,selevaunesecondefois,et,demeurantdansuneposturehumbleet
suppliante:
—Sire,balbutia-t-elle,pardonnez-moi.
—Eh!mademoiselle,quevoulez-vousquejevouspardonne?demanda
LouisXIV.
—Sire,j'aicommisunegrandefaute,plusqu'unegrandefaute,ungrandcrime.
—Vous?
—Sire,j'aioffenséVotreMajesté.
—Paslemoinsdumonde,réponditLouisXIV.
—Sire,jevousensupplie,negardezpointvis-à-visdemoicetteterriblegravité
quidécèlelacolèrebienlégitimeduroi.Jesensquejevousaioffensé,Sire;
maisj'aibesoindevousexpliquercommentjenevousaipointoffensédemon
pleingré.
—Etd'abord,mademoiselle,ditleroi,enquoim'auriez-vousoffensé?Jenele
voispas.Est-ceparuneplaisanteriedejeunefille,plaisanteriefortinnocente?
Vousvousêtesrailléed'unjeunehommecrédule:c'estbiennaturel;touteautre
femmeàvotreplaceeûtfaitcequevousavezfait.
—Oh!VotreMajestém'écraseaveccesparoles.


—Etpourquoidonc?
—Parceque,silaplaisanteriefûtvenuedemoi,ellen'eûtpasétéinnocente.
—Enfin,mademoiselle,repritleroi,est-celàtoutcequevousaviezàmedire
enmedemandantuneaudience?
Etleroifitpresqueunpasenarrière.
AlorsLaVallière,avecunevoixbrèveetentrecoupée,avecdesyeuxdesséchés
parlefeudeslarmes,fitàsontourunpasversleroi.
—VotreMajestéatoutentendu?dit-elle.
—Tout,quoi?
—Toutcequiaétéditparmoiauchêneroyal?
—Jen'enaipasperduuneseuleparole,mademoiselle.
—EtVotreMajesté,lorsqu'ellem'eutentendue,apucroirequej'avaisabuséde
sacrédulité.
—Oui,crédulité,c'estbiencela,vousavezditlemot.
—EtVotreMajestén'apassoupçonnéqu'unepauvrefillecommemoipeutêtre
forcéequelquefoisdesubirlavolontéd'autrui?
—Pardon,maisjenecomprendraijamaisquecelledontlavolontésemblait
s'exprimersilibrementsouslechêneroyalselaissâtinfluenceràcepointparla
volontéd'autrui.
—Oh!maislamenace,Sire!
—Lamenace!…Quivousmenaçait?quiosaitvousmenacer?
—Ceuxquiontledroitdelefaire,Sire.
—Jenereconnaisàpersonneledroitdemenacedansmonroyaume.
—Pardonnez-moi,Sire,ilyaprèsdeVotreMajestémêmedespersonnesassez


hautplacéespouravoiroupoursecroireledroitdeperdreunejeunefillesans
avenir,sansfortune,etn'ayantquesaréputation.
—Etcommentlaperdre?
—Enluifaisantperdrecetteréputationparunehonteuseexpulsion.
—Oh!mademoiselle,ditleroiavecuneamertumeprofonde,j'aimefortlesgens
quisedisculpentsansincriminerlesautres.
—Sire!
—Oui,etilm'estpénible,jel'avoue,devoirqu'unejustificationfacile,comme
pourraitl'êtrelavôtre,seviennecompliquerdevantmoid'untissudereproches
etd'imputations.
—Auxquellesvousn'ajoutezpasfoialors?s'écriaLaVallière.
Leroigardalesilence.
—Oh!dites-ledonc!répétaLaVallièreavecvéhémence.
—Jeregrettedevousl'avouer,répétaleroiens'inclinantavecfroideur.
—Lajeunefillepoussauneprofondeexclamation,et,frappantsesmainsl'une
dansl'autre:
—Ainsivousnemecroyezpas?dit-elle.
Leroineréponditrien.
LestraitsdeLaVallières'altérèrentàcesilence.
—Ainsivoussupposezquemoi,moi!dit-elle,j'aiourdiceridicule,cetinfâme
complotdemejoueraussiimprudemmentdeVotreMajesté?
—Eh!monDieu!cen'estniridiculeniinfâme,ditleroi;cen'estpasmêmeun
complot:c'estuneraillerieplusoumoinsplaisante,voilàtout.
—Oh!murmuralajeunefilledésespérée,leroinemecroitpas,leroineveut
pasmecroire.


—Maisnon,jeneveuxpasvouscroire.
—MonDieu!monDieu!
—Écoutez:quoideplusnaturel,eneffet?Leroimesuit,m'écoute,meguette;le
roiveutpeut-êtres'amuseràmesdépens,amusons-nousauxsiens,et,commele
roiestunhommedecoeur,prenons-leparlecoeur.
LaVallièrecachasatêtedanssesmainsenétouffantunsanglot.Leroicontinua
impitoyablement;ilsevengeaitsurlapauvrevictimedetoutcequ'ilavait
souffert.
—Supposonsdonccettefablequejel'aimeetquejel'aiedistingué.Leroiestsi
naïfetsiorgueilleuxàlafois,qu'ilmecroira,etalorsnousironsracontercette
naïvetéduroi,etnousrirons.
—Oh!s'écriaLaVallière,pensercela,pensercela,c'estaffreux!
—Et,poursuivitleroi,cen'estpastout:siceprinceorgueilleuxvientàprendre
ausérieuxlaplaisanterie,s'ilal'imprudenced'entémoignerpubliquement
quelquechosecommedelajoie,ehbien!devanttoutelacour,leroisera
humilié;or,cesera,unjour,unrécitcharmantàfaireàmonamant,unepartde
dotàapporteràmonmari,quecetteaventured'unroijouéparunemalicieuse
jeunefille.
—Sire!s'écriaLaVallièreégarée,délirante,pasunmotdeplus,jevousen
supplie;vousnevoyezdoncpasquevousmetuez?
—Oh!raillerie,murmuraleroi,quicommençaitcependantàs'émouvoir.
LaVallièretombaàgenoux,etcelasirudement,quesesgenouxrésonnèrentsur
leparquet.
Puis,joignantlesmains:
—Sire,dit-elle,jepréfèrelahonteàlatrahison.
—Quefaites-vous?demandaleroi,maissansfaireunmouvementpourrelever
lajeunefille.


—Sire,quandjevousauraisacrifiémonhonneuretmaraison,vouscroirez
peut-êtreàmaloyauté.LerécitquivousaétéfaitchezMadameetparMadame
estunmensonge;cequej'aiditsouslegrandchêne…
—Ehbien?
—Celaseulement,c'étaitlavérité.
—Mademoiselle!s'écrialeroi.
—Sire,s'écriaLaVallièreentraînéeparlaviolencedesessensations,Sire,
dussé-jemourirdehonteàcetteplaceoùsontenracinésmesdeuxgenoux,je
vouslerépéteraijusqu'àcequelavoixmemanque:j'aiditquejevousaimais…
ehbien!jevousaime!
—Vous?
—Jevousaime,Sire,depuislejouroùjevousaivu,depuisqu'àBlois,oùje
languissais,votreregardroyalesttombésurmoi,lumineuxetvivifiant;jevous
aime!Sire.C'estuncrimedelèse-majesté,jelesais,qu'unepauvrefillecomme
moiaimesonroietleluidise.Punissez-moidecetteaudace,méprisez-moipour
cetteimprudence;maisneditesjamais,maisnecroyezjamaisquejevousai
raillé,quejevousaitrahi.Jesuisd'unsangfidèleàlaroyauté,Sire;etj'aime…
j'aimemonroi!…Oh!jememeurs!
Ettoutàcoup,épuiséedeforce,devoix,d'haleine,elletombapliéeendeux,
pareilleàcettefleurdontparleVirgileetqu'atouchéelafauxdumoissonneur.
Leroi,àcesmots,àcettevéhémentesupplique,n'avaitgardénirancune,ni
doute;soncoeurtoutentiers'étaitouvertausouffleardentdecetamourqui
parlaitunsinobleetsicourageuxlangage.
Aussi,lorsqu'ilentenditl'aveupassionnédecetamour,ilfaiblit,etvoilason
visagedanssesdeuxmains.
Mais,lorsqu'ilsentitlesmainsdeLaVallièrecramponnéesàsesmains,lorsque
latièdepressiondel'amoureusejeunefilleeutgagnésesartères,ils'embrasaà
sontour,et,saisissantLaVallièreàbras-le-corps,illarelevaetlaserracontre
soncoeur.


Maiselle,mourante,laissantallersatêtevacillantesursesépaules,nevivait
plus.
Alorsleroi,effrayé,appeladeSaint-Aignan.
DeSaint-Aignan,quiavaitpousséladiscrétionjusqu'àresterimmobiledansson
coinenfeignantd'essuyerunelarme,accourutàcetappelduroi.
AlorsilaidaLouisàfaireasseoirlajeunefillesurunfauteuil,luifrappadansles
mains,luirépanditdel'eaudelareinedeHongrieenluirépétant:
—Mademoiselle,allons,mademoiselle,c'estfini,leroivouscroit,leroivous
pardonne.Eh!là,là!prenezgarde,vousallezémouvoirtropviolemmentleroi,
mademoiselle;SaMajestéestsensible,SaMajestéauncoeur.Ah!diable!
mademoiselle,faites-yattention,leroiestfortpâle.
Eneffet,leroipâlissaitvisiblement.
QuantàLaVallière,ellenebougeaitpas.
—Mademoiselle!mademoiselle!envérité,continuaitdeSaint-Aignan,revenez
àvous,jevousenprie,jevousensupplie,ilesttemps;songezàunechose,c'est
quesileroisetrouvaitmal,jeseraisobligéd'appelersonmédecin.Ah!quelle
extrémité,monDieu!Mademoiselle,chèremademoiselle,revenezàvous,faites
uneffort,vite,vite!
Ilétaitdifficilededéployerplusd'éloquencepersuasivequenelefaisaitSaintAignan;maisquelquechosedeplusénergiqueetdeplusactifencorequecette
éloquenceréveillaLaVallière.
Lerois'étaitagenouillédevantelle,etluiimprimaitdanslapaumedelamain
cesbaisersbrûlantsquisontauxmainscequelebaiserdeslèvresestauvisage.
Ellerevintenfinàelle,rouvritlanguissammentlesyeux,et,avecunmourant
regard:
—Oh!Sire,murmura-t-elle,VotreMajestém'adoncpardonné?
Leroineréponditpas…ilétaitencoretropému.
DeSaint-Aignancrutdevoirs'éloignerdenouveau…Ilavaitdevinélaflamme


quijaillissaitdesyeuxdeSaMajesté.
LaVallièreseleva.
—Etmaintenant,Sire,dit-elleaveccourage,maintenantquejemesuisjustifiée,
jel'espèredumoins,auxyeuxdeVotreMajesté,accordez-moidemeretirerdans
uncouvent.J'ybéniraimonroitoutemavie,etj'ymourraienaimantDieu,qui
m'afaitunjourdebonheur.
—Non,non,réponditleroi,non,vousvivrezicienbénissantDieu,aucontraire,
maisenaimantLouis,quivousferatouteuneexistencedefélicité,Louisqui
vousaime,Louisquivouslejure!
—Oh!Sire,Sire!…
EtsurcedoutedeLaVallière,lesbaisersduroidevinrentsibrûlants,quede
Saint-Aignancrutqu'ilétaitdesondevoirdepasserdel'autrecôtédela
tapisserie.
Maiscesbaisers,qu'ellen'avaitpaseulaforcederepousserd'abord,
commencèrentàbrûlerlajeunefille.
—Oh!Sire,s'écria-t-ellealors,nemefaitespasrepentird'avoirétésiloyale,car
ceseraitmeprouverqueVotreMajestémemépriseencore.
—Mademoiselle,ditsoudainleroiensereculantpleinderespect,jen'aimeet
n'honorerienaumondeplusquevous,etrienàmacournesera,j'enjureDieu,
aussiestiméquevousneleserezdésormais;jevousdemandedoncpardonde
monemportement,mademoiselle,ilvenaitd'unexcèsd'amour;maisjepuisvous
prouverquej'aimeraiencoredavantage,envousrespectantautantquevous
pourrezledésirer.
Puis,s'inclinantdevantelleetluiprenantlamain:
—Mademoiselle,luidit-il,voulez-vousmefairecethonneurd'agréerlebaiser
quejedéposesurvotremain?
Etlalèvreduroiseposarespectueuseetlégèresurlamainfrissonnantedela
jeunefille.


—Désormais,ajoutaLouisenserelevantetencouvrantLaVallièredeson
regard,désormaisvousêtessousmaprotection.Neparlezàpersonnedumalque
jevousaifait,pardonnezauxautresceluiqu'ilsontpuvousfaire.Àl'avenir,
voussereztellementau-dessusdeceux-là,que,loindevousinspirerdela
crainte,ilsnevousferontplusmêmepitié.
Etilsaluareligieusementcommeausortird'untemple.
Puis,appelantdeSaint-Aignan,quis'approchatouthumble:
—Comte,dit-il,j'espèrequeMademoisellevoudrabienvousaccorderunpeude
sonamitiéenretourdecellequejeluiaivouéeàjamais.
DeSaint-AignanfléchitlegenoudevantLaVallière.
—Quellejoiepourmoi,murmura-t-il,siMademoisellemefaitunpareil
honneur!
—Jevaisvousrenvoyervotrecompagne,ditleroi.Adieu,mademoiselle,ou
plutôtaurevoir:faites-moilagrâcedenepasm'oublierdansvotreprière.
—Oh!Sire,ditLaVallière,soyeztranquille:vousêtesavec
Dieudansmoncoeur.
Cederniermotenivraleroi,qui,toutjoyeux,entraînadeSaintAignanparlesdegrés.
Madamen'avaitpasprévucedénouement-là:ninaïadenidryaden'enavaient
parlé.
ChapitreCXXXIV—Lenouveaugénéraldesjésuites
TandisqueLaVallièreetleroiconfondaientdansleurpremieraveutousles
chagrinsdupassé,toutlebonheurduprésent,touteslesespérancesdel'avenir,
Fouquet,rentréchezlui,c'est-à-diredansl'appartementquiluiavaitétédéparti
auchâteau,Fouquets'entretenaitavecAramis,justementdetoutcequeleroi
négligeaitencemoment.


—Vousmedirez,commençaFouquet,lorsqu'ileutinstallésonhôtedansun
fauteuiletprisplacelui-mêmeàsescôtés,vousmedirez,monsieurd'Herblay,
oùnousensommesmaintenantdel'affairedeBelle-Île,etsivousenavezreçu
quelquesnouvelles.
—Monsieurlesurintendant,réponditAramis,toutvadececôtécommenousle
désirons;lesdépensesontétésoldées,rienn'atranspirédenosdesseins.
—Maislesgarnisonsqueleroivoulaitymettre?
—J'aireçucematinlanouvellequ'ellesyétaientarrivéesdepuisquinzejours.
—Etonlesatraitées?
—Àmerveille.
—Maisl'anciennegarnison,qu'est-elledevenue?
—EllearepristerreàSarzeau,etonl'aimmédiatementdirigéesurQuimper.
—Etlesnouveauxgarnisaires?
—Sontànousàcetteheure.
—Vousêtessûrdecequevousdites,monchermonsieurde
Vannes?
—Sûr,etvousallezvoir,d'ailleurs,commentleschosessesontpassées.
—Maisdetouteslesgarnisons,voussavezcela,Belle-Îleestjustementlaplus
mauvaise.
—Jesaiscelaetj'agisenconséquence;pasd'espace,pasdecommunications,
pasdefemmes,pasdejeu;or,aujourd'hui,c'estgrandepitié,ajoutaAramisavec
undecessouriresquin'appartenaientqu'àlui,devoircombienlesjeunesgens
cherchentàsedivertir,etcombien,enconséquence,ilsinclinentversceluiqui
paielesdivertissements.
—Maiss'ilss'amusentàBelle-Île?
—S'ilss'amusentdeparleroi,ilsaimerontleroi;maiss'ilss'ennuientdeparle


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