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Vingt ans après


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Title:Vingtansaprès
Author:AlexandreDumas
ReleaseDate:November4,2004[EBook#13952]
Language:French
***STARTOFTHISPROJECTGUTENBERGEBOOKVINGTANSAPRÈS
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AlexandreDumas
VINGTANSAPRÈS

(1845)

Tabledesmatières


I.LefantômedeRichelieu
II.Unerondedenuit
III.Deuxanciensennemis
IV.Anned'Autricheàquarante-sixans
V.GasconetItalien
VI.D'Artagnanàquaranteans
VII.D'Artagnanestembarrassé,maisunedenosanciennes
connaissancesluivientenaide
VIII.Desinfluencesdifférentesquepeutavoirunedemi-pistole
surunbedeauetsurunenfantdechoeur
IX.Commentd'Artagnan,encherchantbienloinAramis,s'aperçut
qu'ilétaitencroupederrièrePlanchet
X.L'abbéd'Herblay
XI.LesdeuxGaspards
XII.M.PorthosduVallondeBracieuxdePierrefonds
XIII.Commentd'Artagnans'aperçut,enretrouvantPorthos,quela
fortunenefaitpaslebonheur
XIV.Oùilestdémontréque,siPorthosétaitmécontentdeson
état,Mousquetonétaitfortsatisfaitdusien
XV.Deuxtêtesd'ange
XVI.LechâteaudeBragelonne
XVII.Ladiplomatied'Athos
XVIII.M.deBeaufort
XIX.CeàquoiserécréaitM.leducdeBeaufortaudonjonde
Vincennes
XX.Grimaudentreenfonctions
XXI.CequecontenaientlespâtésdusuccesseurdupèreMarteau
XXII.UneaventuredeMarieMichon
XXIII.L'abbéScarron
XXIV.Saint-Denis
XXV.Undesquarantemoyensd'évasiondeMonsieurdeBeaufort
XXVI.D'Artagnanarriveàpropos
XXVII.Lagranderoute
XXVIII.Rencontre
XXIX.LebonhommeBroussel
XXX.Quatreanciensamiss'apprêtentàserevoir
XXXI.LaplaceRoyale


XXXII.Lebacdel'Oise
XXXIII.Escarmouche


XXXIV.Lemoine
XXXV.L'absolution
XXXVI.Grimaudparle
XXXVII.Laveilledelabataille
XXXVIII.Undînerd'autrefois
XXXIX.LalettredeCharlesIer
XL.LalettredeCromwell
XLI.MazarinetMadameHenriette
XLII.Commentlesmalheureuxprennentparfoislehasardpourla
providence
XLIII.L'oncleetleneveu
XLIV.Paternité
XLV.Encoreunereinequidemandesecours
XLVI.Oùilestprouvéquelepremiermouvementesttoujoursle
bon
XLVII.LeTeDeumdelavictoiredeLens
XLVIII.LemendiantdeSaint-Eustache
XLIX.LatourdeSaint-Jacques-la-Boucherie
L.L'émeute
LI.L'émeutesefaitrévolte
LII.Lemalheurdonnedelamémoire
LIII.L'entrevue
LIV.Lafuite
LV.LecarrossedeM.lecoadjuteur
LVI.Commentd'ArtagnanetPorthosgagnèrent,l'undeuxcentdixneuf,etl'autredeuxcentquinzelouis,àvendredelapaille
LVII.Onadesnouvellesd'Aramis
LVIII.L'Écossais,parjureàsafoi,pourundeniervenditsonroi
LIX.Levengeur
LX.OlivierCromwell
LXI.Lesgentilshommes
LXII.JésusSeigneur
LXIII.Oùilestprouvéquedanslespositionslesplusdifficiles
lesgrandscoeursneperdentjamaislecourage,nilesbons
estomacsl'appétit
LXIV.SalutàlaMajestétombée
LXV.D'Artagnantrouveunprojet
LXVI.Lapartiedelansquenet
LXVII.Londres


LXVIII.Leprocès
LXIX.White-Hall
LXX.Lesouvriers
LXXI.Remember
LXXII.L'hommemasqué
LXXIII.LamaisondeCromwell
LXXIV.Conversation
LXXV.Lafelouque«L'Éclair»
LXXVI.LevindePorto
LXXVII.LevindePorto(Suite)
LXXVIII.Fatality
LXXIX.Où,aprèsavoirmanquéd'êtrerôti,Mousquetonmanqua
d'êtremangé
LXXX.Retour
LXXXI.Lesambassadeurs
LXXXII.Lestroislieutenantsdugénéralissime
LXXXIII.LecombatdeCharenton
LXXXIV.LaroutedePicardie
LXXXV.Lareconnaissanced'Anned'Autriche
LXXXVI.LaroyautédeM.deMazarin
LXXXVII.Précautions
LXXXVIII.L'espritetlebras
LXXXIX.L'espritetlebras(Suite)
XC.Lebrasetl'esprit
XCI.Lebrasetl'esprit(Suite)
XCII.LesoubliettesdeM.deMazarin
XCIII.Conférences
XCIV.Oùl'oncommenceàcroirequePorthosseraenfinbaronet
d'Artagnancapitaine
XCV.Commequoiavecuneplumeetunemenaceonfaitplusviteet
mieuxqu'avecl'épéeetdudévouement
XCVI.Commequoiavecuneplumeetunemenaceonfaitplusviteet
mieuxqu'avecl'épéeetdudévouement(Suite)
XCVII.Oùilestprouvéqu'ilestquelquefoisplusdifficileaux
roisderentrerdanslacapitaledeleurroyaumequed'ensortir
XCVIII.Oùilestprouvéqu'ilestquelquefoisplusdifficileaux
roisderentrerdanslacapitaledeleurroyaumequed'ensortir
(Suite)
Conclusion


I.LefantômedeRichelieu
DansunechambredupalaisCardinalquenousconnaissonsdéjà,prèsd'une
tableàcoinsdevermeil,chargéedepapiersetdelivres,unhommeétaitassisla
têteappuyéedanssesdeuxmains.
Derrièreluiétaitunevastecheminée,rougedefeu,etdontlestisonsenflammés
s'écroulaientsurdelargeschenetsdorés.Lalueurdecefoyeréclairaitparderrièrelevêtementmagnifiquedecerêveur,quelalumièred'uncandélabre
chargédebougieséclairaitpar-devant.
Àvoircettesimarrerougeetcesrichesdentelles,àvoircefrontpâleetcourbé
souslaméditation,àvoirlasolitudedececabinet,lesilencedesantichambres,
lepasmesurédesgardessurlepalier,oneûtpucroirequel'ombreducardinalde
Richelieuétaitencoredanssachambre.
Hélas!c'étaitbieneneffetseulementl'ombredugrandhomme.LaFrance
affaiblie,l'autoritéduroiméconnue,lesgrandsredevenusfortsetturbulents,
l'ennemirentréendeçàdesfrontières,touttémoignaitqueRichelieun'étaitplus
là.
Maiscequimontraitencoremieuxquetoutcelaquelasimarrerougen'était
pointcelleduvieuxcardinal,c'étaitcetisolementquisemblait,commenous
l'avonsdit,plutôtceluid'unfantômequeceluid'unvivant;c'étaientcescorridors
videsdecourtisans,cescourspleinesdegardes;c'étaitlesentimentrailleurqui
montaitdelarueetquipénétraitàtraverslesvitresdecettechambreébranlée
parlesouffledetouteunevilleliguéecontreleministre;c'étaientenfindes
bruitslointainsetsanscesserenouvelésdecoupsdefeu,tirésheureusementsans
butetsansrésultat,maisseulementpourfairevoirauxgardes,auxSuisses,aux
mousquetairesetauxsoldatsquienvironnaientlePalais-Royal,carlepalais
Cardinallui-mêmeavaitchangédenom,quelepeupleaussiavaitdesarmes.
CefantômedeRichelieu,c'étaitMazarin.
Or,Mazarinétaitseuletsesentaitfaible.
—Étranger!murmurait-il;Italien!voilàleurgrandmotlâché!aveccemot,ils
ontassassiné,penduetdévoréConcini,et,sijeleslaissaisfaire,ils
m'assassineraient,mependraientetmedévoreraientcommelui,bienquejene
leuraiejamaisfaitd'autremalquedelespressurerunpeu.Lesniais!ilsne


sententdoncpasqueleurennemi,cen'estpointcetItalienquiparlemalle
français,maisbienplutôtceux-làquiontletalentdeleurdiredesbellesparoles
avecunsipuretsibonaccentparisien.
«Oui,oui,continuaitleministreavecsonsourirefin,quicettefoissemblait
étrangesurseslèvrespâles,oui,vosrumeursmeledisent,lesortdesfavorisest
précaire;mais,sivoussavezcela,vousdevezsavoiraussiquejenesuispointun
favoriordinaire,moi!Lecomted'Essexavaitunebaguesplendideetenrichiede
diamantsqueluiavaitdonnéesaroyalemaîtresse;moi,jen'aiqu'unsimple
anneauavecunchiffreetunedate,maiscetanneauaétébénidanslachapelledu
Palais-Royal;aussi,moi,nemebriseront-ilspasselonleursvoeux.Ilsne
s'aperçoiventpasqu'avecleuréternelcri:«ÀbasleMazarin!»jeleurfaiscrier
tantôtviveM.deBeaufort,tantôtviveM.lePrince,tantôtviveleparlement!Eh
bien!M.deBeaufortestàVincennes,M.lePrinceiralerejoindreunjourou
l'autre,etleparlement…
Icilesourireducardinalprituneexpressiondehainedontsafiguredouce
paraissaitincapable.
—Ehbien!leparlement…nousverronscequenousenferonsduparlement;
nousavonsOrléansetMontargis.Oh!j'ymettrailetemps;maisceuxquiont
commencéàcrieràbasleMazarinfinirontparcrieràbastouscesgens-là,
chacunàsontour.Richelieu,qu'ilshaïssaientquandilétaitvivant,etdontils
parlenttoujoursdepuisqu'ilestmort,aétéplusbasquemoi;carilaétéchassé
plusieursfois,etplussouventencoreilacraintdel'être.Lareinenemechassera
jamais,moi,etsijesuiscontraintdecéderaupeuple,ellecéderaavecmoi;sije
fuis,ellefuira,etnousverronsalorscequeferontlesrebellessansleurreineet
sansleurroi.Oh!siseulementjen'étaispasétranger,siseulementj'étais
Français,siseulementj'étaisgentilhomme!
Etilretombadanssarêverie.
Eneffet,lapositionétaitdifficile,etlajournéequivenaitdes'écoulerl'avait
compliquéeencore.Mazarin,toujourséperonnéparsasordideavarice,écrasait
lepeupled'impôts,etcepeuple,àquiilnerestaitquel'âme,commeledisait
l'avocatgénéralTalon,etencoreparcequ'onnepouvaitvendresonâmeà
l'encan,lepeuple,àquionessayaitdefaireprendrepatienceaveclebruitdes
victoiresqu'onremportait,etquitrouvaitqueleslauriersn'étaientpasviande
dontilpûtsenourrir,lepeupledepuislongtempsavaitcommencéàmurmurer.


Maiscen'étaitpastout;carlorsqu'iln'yaquelepeuplequimurmure,séparée
qu'elleenestparlabourgeoisieetlesgentilshommes,lacournel'entendpas;
maisMazarinavaiteul'imprudencedes'attaquerauxmagistrats!ilavaitvendu
douzebrevetsdemaîtredesrequêtes,et,commelesofficierspayaientleurs
chargesfortcher,etquel'adjonctiondecesdouzenouveauxconfrèresdevaiten
fairebaisserleprix,lesancienss'étaientréunis,avaientjurésurlesÉvangilesde
nepointsouffrircetteaugmentationetderésisteràtouteslespersécutionsdela
cour,sepromettantlesunsauxautresqu'aucasoùl'und'eux,parcetterébellion,
perdraitsacharge,ilssecotiseraientpourluienrembourserleprix.
Or,voicicequiétaitarrivédecesdeuxcôtés:
Le7dejanvier,septàhuitcentsmarchandsdePariss'étaientassembléset
mutinésàproposd'unenouvelletaxequ'onvoulaitimposerauxpropriétairesde
maisons,etilsavaientdéputédixd'entreeuxpourparlerauducd'Orléans,qui,
selonsavieillehabitude,faisaitdelapopularité.Leducd'Orléanslesavaitreçus,
etilsluiavaientdéclaréqu'ilsétaientdécidésànepointpayercettenouvelle
taxe,dussent-ilssedéfendreàmainarméecontrelesgensduroiquiviendraient
pourlapercevoir.Leducd'Orléanslesavaitécoutésavecunegrande
complaisance,leuravaitfaitespérerquelquemodération,leuravaitpromisd'en
parleràlareineetlesavaitcongédiésaveclemotordinairedesprinces:«On
verra.»
Deleurcôté,le9,lesmaîtresdesrequêtesétaientvenustrouverlecardinal,et
l'und'eux,quiportaitlaparolepourtouslesautres,luiavaitparléavectantde
fermetéetdehardiesse,quelecardinalenavaitététoutétonné;aussilesavait-il
renvoyésendisantcommeleducd'Orléans,quel'onverrait.
Alors,pourvoir,onavaitassembléleconseiletl'onavaitenvoyéchercherle
surintendantdesfinancesd'Emery.
Ced'Emeryétaitfortdétestédupeuple,d'abordparcequ'ilétaitsurintendantdes
finances,etquetoutsurintendantdesfinancesdoitêtredétesté;ensuite,ilfautle
dire,parcequ'ilméritaitquelquepeudel'être.
C'étaitlefilsd'unbanquierdeLyonquis'appelaitParticelli,etqui,ayantchangé
denomàlasuitedesabanqueroute,sefaisaitappelerd'Emery.Lecardinalde
Richelieu,quiavaitreconnuenluiungrandméritefinancier,l'avaitprésentéau
roiLouisXIIIsouslenomdeM.d'Emery,etvoulantlefairenommerintendant


desfinances,illuiendisaitgrandbien.
—Àmerveille!avaitréponduleroi,etjesuisaisequevousmeparliezdeM.
d'Emerypourcetteplacequiveutunhonnêtehomme.Onm'avaitditquevous
poussiezcecoquindeParticelli,etj'avaispeurquevousnemeforçassiezàle
prendre.
—Sire!réponditlecardinal,queVotreMajestéserassure,le
Particellidontelleparleaétépendu.
—Ah!tantmieux!s'écrialeroi,cen'estdoncpaspourrienquel'onm'aappelé
LouisLeJuste.
EtilsignalanominationdeM.d'Emery.
C'étaitcemêmed'Emeryquiétaitdevenusurintendantdesfinances.
Onl'avaitenvoyéchercherdelapartduministre,etilétaitaccourutoutpâleet
touteffaré,disantquesonfilsavaitmanquéd'êtreassassinélejourmêmesurla
placeduPalais:lafoulel'avaitrencontréetluiavaitreprochéleluxedesa
femme,quiavaitunappartementtendudeveloursrougeavecdescrépinesd'or.
C'étaitlafilledeNicolasLeCamus,secrétaireen1617,lequelétaitvenuàParis
avecvingtlivresetqui,toutenseréservantquarantemillelivresderente,venait
departagerneufmillionsentresesenfants.
Lefilsd'Emeryavaitmanquéd'êtreétouffé,undesémeutiersayantproposédele
presserjusqu'àcequ'ileûtrendul'orqu'ildévorait.Leconseiln'avaitriendécidé
cejour-là,lesurintendantétanttropoccupédecetévénementpouravoirlatête
bienlibre.
Lelendemain,lepremierprésidentMathieuMolé,dontlecouragedanstoutes
cesaffaires,ditlecardinaldeRetz,égalaceluideM.leducdeBeaufortetcelui
deM.leprincedeCondé,c'est-à-diredesdeuxhommesquipassaientpourles
plusbravesdeFrance;lelendemain,lepremierprésident,disons-nous,avaitété
attaquéàsontour;lepeuplelemenaçaitdeseprendreàluidesmauxqu'onlui
voulaitfaire;maislepremierprésidentavaitréponduavecsoncalmehabituel,
sanss'émouvoiretsanss'étonner,quesilesperturbateursn'obéissaientpasaux
volontésduroi,ilallaitfairedresserdespotencesdanslesplacespourfaire
pendreàl'instantmêmelesplusmutinsd'entreeux.Ceàquoiceux-ciavaient
réponduqu'ilsnedemandaientpasmieuxquedevoirdresserdespotences,et


qu'ellesserviraientàpendrelesmauvaisjugesquiachetaientlafaveurdelacour
auprixdelamisèredupeuple.
Cen'estpastout;le11,lareineallantàlamesseàNotre-Dame,cequ'ellefaisait
régulièrementtouslessamedis,avaitétésuivieparplusdedeuxcentsfemmes
criantetdemandantjustice.Ellesn'avaient,aureste,aucuneintentionmauvaise,
voulantseulementsemettreàgenouxdevantellepourtâcherd'émouvoirsa
pitié;maislesgardeslesenempêchèrent,etlareinepassahautaineetfièresans
écouterleursclameurs.
L'après-midi,ilyavaiteuconseildenouveau;etlàonavaitdécidéquel'on
maintiendraitl'autoritéduroi:enconséquence,leparlementfutconvoquépour
lelendemain,12.
Cejour,celuipendantlasoiréeduquelnousouvronscettenouvellehistoire,le
roi,alorsâgédedixans,etquivenaitd'avoirlapetitevérole,avait,sousprétexte
d'allerrendregrâceàNotre-Damedesonrétablissement,missurpiedsesgardes,
sesSuissesetsesmousquetaires,etlesavaitéchelonnésautourduPalais-Royal,
surlesquaisetsurlePont-Neuf,et,aprèslamesseentendue,ilétaitpasséau
parlement,où,surunlitdejusticeimprovisé,ilavaitnonseulementmaintenu
seséditspassés,maisencoreenavaitrenducinqousixnouveaux,tous,ditle
cardinaldeRetz,plusruineuxlesunsquelesautres.Sibienquelepremier
président,qui,onapulevoir,étaitlesjoursprécédentspourlacour,s'était
cependantélevéforthardimentsurcettemanièredemenerleroiauPalaispour
surprendreetforcerlalibertédessuffrages.
Maisceuxquisurtouts'élevèrentfortementcontrelesnouveauximpôts,ce
furentleprésidentBlancmesniletleconseillerBroussel.
Ceséditsrendus,leroirentraauPalais-Royal.Unegrandemultitudedepeuple
étaitsursaroute;maiscommeonsavaitqu'ilvenaitduparlement,etqu'on
ignoraits'ilyavaitétépouryrendrejusticeaupeupleoupourl'opprimerde
nouveau,pasunseulcridejoieneretentitsursonpassagepourleféliciterde
sonretouràlasanté.Touslesvisages,aucontraire,étaientmornesetinquiets;
quelques-unsmêmeétaientmenaçants.
Malgrésonretour,lestroupesrestèrentsurplace:onavaitcraintqu'uneémeute
n'éclatâtquandonconnaîtraitlerésultatdelaséanceduparlement:et,eneffet,à
peinelebruitsefut-ilrépandudanslesruesqu'aulieud'allégerlesimpôts,leroi


lesavaitaugmentés,quedesgroupesseformèrentetquedegrandesclameurs
retentirent,criant:«ÀbasleMazarin!viveBroussel!viveBlancmesnil!»carle
peupleavaitsuqueBrousseletBlancmesnilavaientparléensafaveur;et
quoiqueleuréloquenceeûtétéperdue,ilneleurensavaitpasmoinsbongré.
Onavaitvouludissipercesgroupes,onavaitvoulufairetairecescris,et,comme
celaarriveenpareilcas,lesgroupess'étaientgrossisetlescrisavaientredoublé.
L'ordrevenaitd'êtredonnéauxgardesduroietauxgardessuisses,non
seulementdetenirferme,maisencoredefairedespatrouillesdanslesrues
Saint-DenisetSaint-Martin,oùcesgroupessurtoutparaissaientplusnombreux
etplusanimés,lorsqu'onannonçaauPalais-Royalleprévôtdesmarchands.
Ilfutintroduitaussitôt:ilvenaitdirequesil'onnecessaitpasàl'instantmême
cesdémonstrationshostiles,dansdeuxheuresParistoutentierseraitsousles
armes.
Ondélibéraitsurcequ'onauraitàfaire,lorsqueComminges,lieutenantaux
gardes,rentraseshabitstoutdéchirésetlevisagesanglant.Enlevoyantparaître,
lareinejetauncridesurpriseetluidemandacequ'ilyavait.
Ilyavaitqu'àlavuedesgardes,commel'avaitprévuleprévôtdesmarchands,
lesespritss'étaientexaspérés.Ons'étaitemparédesclochesetl'onavaitsonnéle
tocsin.Commingesavaittenubon,avaitarrêtéunhommequiparaissaitundes
principauxagitateurs,et,pourfaireunexempleavaitordonnéqu'ilfûtpenduàla
croixduTrahoir.Enconséquence,lessoldatsl'avaiententraînépourexécutercet
ordre.Maisauxhalles,ceux-ciavaientétéattaquésàcoupsdepierresetàcoups
dehallebarde;lerebelleavaitprofitédecemomentpours'échapper,avaitgagné
laruedesLombardsets'étaitjetédansunemaisondontonavaitaussitôtenfoncé
lesportes.
Cetteviolenceavaitétéinutile,onn'avaitpuretrouverlecoupable.Comminges
avaitlaisséunpostedanslarue,etaveclerestedesondétachement,étaitrevenu
auPalais-Royalpourrendrecompteàlareinedecequisepassait.Toutlelong
delaroute,ilavaitétépoursuivipardescrisetpardesmenaces,plusieursdeses
hommesavaientétéblessésdecoupsdepiqueetdehallebarde,etlui-même
avaitétéatteintd'unepierrequiluifendaitlesourcil.
LerécitdeCommingescorroboraitl'avisduprévôtdesmarchands,onn'étaitpas
enmesuredetenirtêteàunerévoltesérieuse;lecardinalfitrépandredansle


peuplequelestroupesn'avaientétééchelonnéessurlesquaisetlePont-Neuf
qu'àproposdelacérémonie,etqu'ellesallaientseretirer.Eneffet,versles
quatreheuresdusoir,ellesseconcentrèrenttoutesverslePalais-Royal;onplaça
unposteàlabarrièredesSergents,unautreauxQuinze-Vingts,enfinun
troisièmeàlabutteSaint-Roch.Onemplitlescoursetlesrez-de-chausséede
Suissesetdemousquetaires,etl'onattendit.
Voilàdoncoùenétaientleschoseslorsquenousavonsintroduitnoslecteurs
danslecabinetducardinalMazarin,quiavaitétéautrefoisceluiducardinalde
Richelieu.Nousavonsvudansquellesituationd'espritilécoutaitlesmurmures
dupeuplequiarrivaientjusqu'àluietl'échodescoupsdefusilquiretentissaient
jusquedanssachambre.
Toutàcoupilrelevalatête,lesourcilàdemifroncé,commeunhommequia
prissonparti,fixalesyeuxsuruneénormependulequ'allaitsonnerdixheures,
et,prenantunsiffletdevermeilplacésurlatable,àlaportéedesamain,ilsiffla
deuxcoups.
Uneportecachéedanslatapisseries'ouvritsansbruit,etunhommevêtudenoir
s'avançasilencieusementetsetintdeboutderrièrelefauteuil.
—Bernouin,ditlecardinalsansmêmeseretourner,carayantsifflédeuxcoups
ilsavaitquecedevaitêtresonvaletdechambre,quelssontlesmousquetairesde
gardeaupalais?
—Lesmousquetairesnoirs,Monseigneur.
—Quellecompagnie?
—CompagnieTréville.
—Ya-t-ilquelqueofficierdecettecompagniedansl'antichambre?
—Lelieutenantd'Artagnan.
—Unbon,jecrois?
—Oui,Monseigneur.
—Donnez-moiunhabitdemousquetaire,etaidez-moiàm'habiller.


Levaletdechambresortitaussisilencieusementqu'ilétaitentré,etrevintun
instantaprès,apportantlecostumedemandé.
Lecardinalcommençaalors,silencieuxetpensif,àsedéfaireducostumede
cérémoniequ'ilavaitendossépourassisteràlaséanceduparlement,etàse
revêtirdelacasaquemilitaire,qu'ilportaitavecunecertaineaisance,grâceàses
anciennescampagnesd'Italie;puisquandilfutcomplètementhabillé:
—AllezmechercherM.d'Artagnan,dit-il.
Etlevaletdechambresortitcettefoisparlaportedumilieu,maistoujoursaussi
silencieuxetaussimuet.Oneûtditd'uneombre.
Restéseul,lecardinalseregardaavecunecertainesatisfactiondansuneglace;il
étaitencorejeune,carilavaitquarante-sixansàpeine,ilétaitd'unetaille
éléganteetunpeuau-dessousdelamoyenne;ilavaitleteintvifetbeau,le
regardpleindefeu,lenezgrand,maiscependantassezbienproportionné,le
frontlargeetmajestueux,lescheveuxchâtainsunpeucrépus,labarbeplusnoire
quelescheveuxettoujoursbienrelevéeaveclefer,cequiluidonnaitbonne
grâce.Alorsilpassasonbaudrier,regardaaveccomplaisancesesmains,qu'il
avaitfortbellesetdesquellesilprenaitleplusgrandsoin;puisrejetantlesgros
gantsdedaimqu'ilavaitdéjàpris,etquiétaientd'uniforme,ilpassadesimples
gantsdesoie.
Encemomentlaportes'ouvrit.
—M.d'Artagnan,ditlevaletdechambre.
Unofficierentra.
C'étaitunhommedetrente-neufàquaranteans,depetitetaillemaisbienprise,
maigre,l'oeilvifetspirituel,labarbenoireetlescheveuxgrisonnants,commeil
arrivetoujourslorsqu'onatrouvélavietropbonneoutropmauvaise,etsurtout
quandonestfortbrun.
D'Artagnanfitquatrepasdanslecabinet,qu'ilreconnaissaitpouryêtrevenuune
foisdansletempsducardinaldeRichelieu,etvoyantqu'iln'yavaitpersonne
danscecabinetqu'unmousquetairedesacompagnie,ilarrêtalesyeuxsurce
mousquetaire,sousleshabitsduquel,aupremiercoupd'oeil,ilreconnutle
cardinal.


—Ildemeuradeboutdansuneposerespectueusemaisdigneetcommeil
convientàunhommedeconditionquiaeusouventdanssavieoccasiondese
trouveravecdesgrandsseigneurs.
Lecardinalfixasurluisonoeilplusfinqueprofond,l'examinaavecattention,
puis,aprèsquelquessecondesdesilence:
—C'estvousquiêtesmonsieurd'Artagnan?dit-il.
—Moi-même,Monseigneur,ditl'officier.
Lecardinalregardaunmomentencorecettetêtesiintelligenteetcevisagedont
l'excessivemobilitéavaitétéenchaînéeparlesansetl'expérience;mais
d'Artagnansoutintl'examenenhommequiavaitétéregardéautrefoispardes
yeuxbienautrementperçantsqueceuxdontilsoutenaitàcetteheure
l'investigation.
—Monsieur,ditlecardinal,vousallezveniravecmoi,ouplutôtjevaisaller
avecvous.
—Àvosordres,Monseigneur,réponditd'Artagnan.
—Jevoudraisvisitermoi-mêmelespostesquientourentle
Palais-Royal;croyez-vousqu'ilyaitquelquedanger?
—Dudanger,Monseigneur!demandad'Artagnand'unairétonné,etlequel?
—Onditlepeupletoutàfaitmutiné.
—L'uniformedesmousquetairesduroiestfortrespecté,Monseigneur,etnele
fût-ilpas,moi,quatrièmejemefaisfortdemettreenfuiteunecentainedeces
manants.
—VousavezvucependantcequiestarrivéàComminges?
—M.deCommingesestauxgardesetnonpasauxmousquetaires,répondit
d'Artagnan.
—Cequiveutdire,repritlecardinalensouriant,quelesmousquetairessont
meilleurssoldatsquelesgardes?


—Chacunal'amour-propredesonuniforme,Monseigneur.
—Exceptémoi,monsieur,repritMazarinensouriant,puisquevousvoyezque
j'aiquittélemienpourprendrelevôtre.
—Peste,Monseigneur!ditd'Artagnan,c'estdelamodestie.Quantàmoi,je
déclareque,sij'avaisceluideVotreÉminence,jem'encontenteraiset
m'engageraisaubesoinàn'enporterjamaisd'autre.
—Oui,maispoursortircesoir,peut-êtren'eût-ilpasététrèssûr.Bernouin,mon
feutre.
Levaletdechambrerentra,rapportantunchapeaud'uniformeàlargesbords.Le
cardinals'encoiffad'unefaçonassezcavalière,etseretournaversd'Artagnan:
—Vousavezdeschevauxtoutsellésdanslesécuries,n'est-cepas?
—Oui,Monseigneur.
—Ehbien!partons.
—CombienMonseigneurveut-ild'hommes?
—Vousavezditqu'avecquatrehommes,vousvouschargeriezdemettreenfuite
centmanants;commenouspourrionsenrencontrerdeuxcents,prenez-enhuit.
—QuandMonseigneurvoudra.
—Jevoussuis;ouplutôt,repritlecardinal,non,parici.
Éclairez-nous,Bernouin.
Levaletpritunebougie,lecardinalpritunepetiteclefdoréesursonbureau,et
ayantouvertlaported'unescaliersecret,ilsetrouvaauboutd'uninstantdansla
courduPalais-Royal.
II.Unerondedenuit
Dixminutesaprès,lapetitetroupesortaitparlaruedesBons-Enfants,derrière
lasalledespectaclequ'avaitbâtielecardinaldeRichelieupouryfairejouer
Mirame,etdanslaquellelecardinalMazarin,plusamateurdemusiquequede


littérature,venaitdefairejouerlespremiersopérasquiaientétéreprésentésen
France.
L'aspectdelavilleprésentaittouslescaractèresd'unegrandeagitation;des
groupesnombreuxparcouraientlesrues,et,quoiqu'enaitditd'Artagnan,
s'arrêtaientpourvoirpasserlesmilitairesavecunairderailleriemenaçantequi
indiquaitquelesbourgeoisavaientmomentanémentdéposéleurmansuétude
ordinairepourdesintentionsplusbelliqueuses.Detempsentempsdesrumeurs
venaientduquartierdesHalles.Descoupsdefusilpétillaientducôtédelarue
Saint-Denis,etparfoistoutàcoup,sansquel'onsûtpourquoi,quelqueclochese
mettaitàsonner,ébranléeparlecapricepopulaire.
D'Artagnansuivaitsoncheminavecl'insoucianced'unhommesurlequelde
pareillesniaiseriesn'ontaucuneinfluence.Quandungroupetenaitlemilieude
larue,ilpoussaitsonchevalsansluidiregare,etcommesi,rebellesounon,
ceuxquilecomposaientavaientsuàquelhommeilsavaientaffaire,ils
s'ouvraientetlaissaientpasserlapatrouille.Lecardinalenviaitcecalme,qu'il
attribuaitàl'habitudedudanger;maisiln'enprenaitpasmoinspourl'officier,
souslesordresduquelils'étaitmomentanémentplacé,cettesortede
considérationquelaprudenceelle-mêmeaccordeàl'insoucieuxcourage.
EnapprochantdupostedelabarrièredesSergents,lasentinellecria:«Qui
vive?»D'Artagnanrépondit,et,ayantdemandélesmotsdepasseaucardinal,
s'avançaàl'ordre;lesmotsdepasseétaientLouisetRocroy.
Cessignesdereconnaissanceéchangés,d'Artagnandemandasicen'étaitpasM.
deCommingesquicommandaitleposte.
Lasentinelleluimontraalorsunofficierquicausait,àpied,lamainappuyéesur
lecouduchevaldesoninterlocuteur.C'étaitceluiquedemandaitd'Artagnan.
—VoiciM.deComminges,ditd'Artagnanrevenantaucardinal.
Lecardinalpoussasonchevalverseux,tandisqued'Artagnansereculaitpar
discrétion;cependant,àlamanièredontl'officieràpiedetl'officieràcheval
ôtèrentleurschapeaux,ilvitqu'ilsavaientreconnusonÉminence.
—Bravo,Guitaut,ditlecardinalaucavalier,jevoisquemalgrévossoixantequatreansvousêtestoujourslemême,alerteetdévoué.Quedites-vousàce
jeunehomme?


—Monseigneur,réponditGuitaut,jeluidisaisquenousvivionsàunesingulière
époque,etquelajournéed'aujourd'huiressemblaitfortàl'unedecesjournéesde
laLiguedontj'aitantentenduparlerdansmonjeunetemps.Savez-vousqu'il
n'étaitquestionderienmoins,danslesruesSaint-DenisetSaint-Martin,quede
fairedesbarricades.
—EtquevousrépondaitComminges,moncherGuitaut?
—Monseigneur,ditComminges,jerépondaisque,pourfaireuneLigue,ilne
leurmanquaitqu'unechosequimeparaissaitassezessentielle,c'étaitunducde
Guise;d'ailleurs,onnefaitpasdeuxfoislamêmechose.
—Non,maisilsferontuneFronde,commeilsdisent,reprit
Guitaut.
—Qu'est-cequecela,uneFronde?demandaMazarin.
—Monseigneur,c'estlenomqu'ilsdonnentàleurparti.
—Etd'oùvientcenom?
—Ilparaîtqu'ilyaquelquesjoursleconseillerBachaumontaditauPalaisque
touslesfaiseursd'émeutesressemblaientauxécoliersquifrondentdansles
fossésdeParisetquisedispersentquandilsaperçoiventlelieutenantcivil,pour
seréunirdenouveaulorsqu'ilestpassé.Alorsilsontramassélemotaubond,
commeontfaitlesgueuxàBruxelles,ilssesontappelésfrondeurs.Aujourd'hui
ethier,toutétaitàlaFronde,lespains,leschapeaux,lesgants,lesmanchons,les
éventails;et,tenez,écoutez.
Encemomenteneffetunefenêtres'ouvrit;unhommesemitàcettefenêtreet
commençadechanter:
UnventdeFrondeS'estlevécematin;Jecroisqu'ilgrondeContreleMazarin.
UnventdeFrondeS'estlevécematin!
—L'insolent!murmuraGuitaut.
—Monseigneur,ditComminges,quesablessureavaitmisdemauvaisehumeur
etquinedemandaitqu'àprendreunerevancheetàrendreplaiepourbosse,
voulez-vousquej'envoieàcedrôle-làuneballepourluiapprendreànepas


chantersifauxuneautrefois?
Etilmitlamainauxfontesduchevaldesononcle.
—Nonpas,nonpas!s'écriaMazarin.Diavolo!moncherami,vousalleztout
gâter;leschosesvontàmerveille,aucontraire!JeconnaisvosFrançaiscomme
sijelesavaisfaitsdepuislepremierjusqu'audernier:ilschantent,ilspayeront.
PendantlaLigue,dontparlaitGuitauttoutàl'heure,onnechantaitquelamesse,
aussitoutallaitfortmal.Viens,Guitaut,viens,etallonsvoirsil'onfaitaussi
bonnegardeauxQuinze-Vingtsqu'àlabarrièredesSergents.
Et,saluantCommingesdelamain,ilrejoignitd'Artagnan,quirepritlatêtedesa
petitetroupesuiviimmédiatementparGuitautetlecardinal,lesquelsétaient
suivisàleurtourdurestedel'escorte.
—C'estjuste,murmuraCommingesenleregardants'éloigner,j'oubliaisque,
pourvuqu'onpaye,c'esttoutcequ'illuifaut,àlui.
OnrepritlarueSaint-Honoréendéplaçanttoujoursdesgroupes;dansces
groupes,onneparlaitquedeséditsdujour;onplaignaitlejeuneroiquiruinait
ainsisonpeuplesanslesavoir;onjetaittoutelafautesurMazarin;onparlaitde
s'adresserauducd'OrléansetàM.lePrince;onexaltaitBlancmesnilet
Broussel.
D'Artagnanpassaitaumilieudecesgroupes,insoucieuxcommesiluietson
chevaleussentétédefer;MazarinetGuitautcausaienttoutbas;les
mousquetaires,quiavaientfiniparreconnaîtrelecardinal,suivaientensilence.
OnarrivaàlarueSaint-Thomas-du-Louvre,oùétaitlepostedesQuinze-Vingts;
Guitautappelaunofficiersubalterne,quivintrendrecompte.
—Ehbien!demandaGuitaut.
—Ah!moncapitaine,ditl'officier,toutvabiendececôté,sicen'est,jecrois,
qu'ilsepassequelquechosedanscethôtel.
Etilmontraitdelamainunmagnifiquehôtelsituéjustesurl'emplacementoùfut
depuisleVaudeville.
—Danscethôtel,ditGuitaut,maisc'estl'hôteldeRambouillet.


—Jenesaispassic'estl'hôteldeRambouillet,repritl'officier,maiscequeje
sais,c'estquej'yaivuentrerforcegensdemauvaisemine.
—Bah!ditGuitautenéclatantderire,cesontdespoètes.
—Ehbien,Guitaut!ditMazarin,veux-tubiennepasparleravecunepareille
irrévérencedecesmessieurs!tunesaispasquej'aiétépoèteaussidansma
jeunesseetquejefaisaisdesversdanslegenredeceuxdeM.deBenserade.
—Vous,Monseigneur?
—Oui,moi.Veux-tuquejet'endise?
—Celam'estégal,Monseigneur!Jen'entendspasl'italien.
—Oui,maistuentendslefrançais,n'est-cepas,monbonetbraveGuitaut,reprit
Mazarinenluiposantamicalementlamainsurl'épaule,et,quelqueordrequ'on
tedonnedanscettelangue,tul'exécuteras?
—Sansdoute,Monseigneur,commejel'aidéjàfait,pourvuqu'ilmeviennede
lareine.
—Ahoui!ditMazarinensepinçantleslèvres,jesaisquetuluiesentièrement
dévoué.
—Jesuiscapitainedesesgardesdepuisplusdevingtans.
—Enroute,monsieurd'Artagnan,repritlecardinal,toutvabiendececôté.
D'Artagnanrepritlatêtedelacolonnesanssoufflerunmotetaveccette
obéissancepassivequifaitlecaractèreduvieuxsoldat.
Ils'acheminaverslabutteSaint-Roch,oùétaitletroisièmeposte,enpassantpar
larueRichelieuetlarueVilledo.C'étaitleplusisolé,cariltouchaitpresqueaux
remparts,etlavilleétaitpeupeupléedececôté-là.
—Quicommandeceposte?demandalecardinal.
—Villequier,réponditGuitaut.
—Diable!fitMazarin,parlez-luiseul,voussavezquenoussommesenbrouille


depuisquevousavezeulacharged'arrêterM.leducdeBeaufort;ilprétendait
quec'étaitàlui,commecapitainedesgardesduroi,querevenaitcethonneur.
—Jelesaisbien,etjeluiaiditcentfoisqu'ilavaittort,leroinepouvaitlui
donnercetordre,puisqu'àcetteépoque-làleroiavaitàpeinequatreans.
—Oui,maisjepouvaisleluidonner,moi,Guitaut,etj'aipréféréquecefût
vous.
Guitaut,sansrépondre,poussasonchevalenavant,ets'étantfaitreconnaîtreàla
sentinelle,fitappelerM.deVillequier.
Celui-cisortit.
—Ah!c'estvous,Guitaut!dit-ildecetondemauvaisehumeurquiluiétait
habituel,quediablevenez-vousfaireici?
—Jeviensvousdemanders'ilyaquelquechosedenouveaudececôté.
—Quevoulez-vousqu'ilyait?Oncrie:«Viveleroi!»et«ÀbasleMazarin!»ce
n'estpasdunouveau,cela;ilyadéjàquelquetempsquenoussommeshabituésà
cescris-là.
—Etvousfaiteschorus?réponditenriantGuitaut.
—Mafoi,j'enaiquelquefoisgrandeenvie!jetrouvequ'ilsontbienraison,
Guitaut;jedonneraisvolontierscinqansdemapaye,qu'onnemepayepas,pour
queleroieûtcinqansdeplus.
—Vraiment,etqu'arriverait-ilsileroiavaitcinqansdeplus?
—Ilarriveraitqu'àl'instantoùleroiseraitmajeur,leroidonneraitsesordresluimême,etqu'ilyaplusdeplaisiràobéiraupetit-filsdeHenriIVqu'aufilsde
PietroMazarini.Pourleroi,mort-diable!jemeferaistueravecplaisir;maissi
j'étaistuépourleMazarin,commevotreneveuamanquédel'êtreaujourd'hui,il
n'yapointdeparadis,sibienplacéquej'yfusse,quim'enconsolâtjamais.
—Bien,bien,monsieurdeVillequier,ditMazarin.Soyeztranquille,jerendrai
comptedevotredévouementauroi.


Puisseretournantversl'escorte:
—Allons,messieurs,continua-t-il,toutvabien,rentrons.
—Tiens,ditVillequier,leMazarinétaitlà!Tantmieux;ilyavaitlongtempsque
j'avaisenviedeluidireenfacecequej'enpensais;vousm'enavezfourni
l'occasion,Guitaut;etquoiquevotreintentionnesoitpeut-êtrepasdes
meilleurespourmoi,jevousremercie.
Ettournantsursestalons,ilrentraaucorpsdegardeensifflantunairdeFronde.
CependantMazarinrevenaittoutpensif;cequ'ilavaitsuccessivemententendude
Comminges,deGuitautetdeVillequierleconfirmaitdanscettepenséequ'encas
d'événementsgraves,iln'auraitpersonnepourluiquelareine,etencorelareine
avaitsisouventabandonnésesamisquesonappuiparaissaitparfoisauministre,
malgrélesprécautionsqu'ilavaitprises,bienincertainetbienprécaire.
Pendanttoutletempsquecettecoursenocturneavaitduré,c'est-à-dirependant
uneheureàpeuprès,lecardinalavait,toutenétudianttouràtourComminges,
GuitautetVillequier,examinéunhomme.Cethomme,quiétaitrestéimpassible
devantlamenacepopulaire,etdontlafiguren'avaitpasplussourcilléaux
plaisanteriesqu'avaitfaitesMazarinqu'àcellesdontilavaitétél'objet,cet
hommeluisemblaitunêtreàpartettrempépourdesévénementsdanslegenre
deceuxdanslesquelsonsetrouvait,surtoutdeceuxdanslesquelsonallaitse
trouver.
D'ailleurscenomded'Artagnanneluiétaitpastoutàfaitinconnu,etquoique
lui,Mazarin,nefûtvenuenFrancequevers1634ou1635,c'est-à-direseptou
huitansaprèslesévénementsquenousavonsracontésdansuneprécédente
histoire,ilsemblaitaucardinalqu'ilavaitentenduprononcercenomcomme
celuid'unhommequi,dansunecirconstancequin'étaitplusprésenteàson
esprit,s'étaitfaitremarquercommeunmodèledecourage,d'adresseetde
dévouement.
Cetteidées'étaittellementemparéedesonesprit,qu'ilrésolutdel'éclaircirsans
retard;maiscesrenseignementsqu'ildésiraitsurd'Artagnan,cen'étaitpointà
d'Artagnanlui-mêmequ'ilfallaitlesdemander.Auxquelquesmotsqu'avait
prononcéslelieutenantdesmousquetaires,lecardinalavaitreconnul'origine
gasconne;etItaliensetGasconsseconnaissenttropbienetseressemblenttrop
pours'enrapporterlesunsauxautresdecequ'ilspeuventdired'eux-mêmes.


Aussi,enarrivantauxmursdontlejardinduPalais-Royalétaitenclos,le
cardinalfrappa-t-ilàunepetiteportesituéeàpeuprèsoùs'élèveaujourd'huile
cafédeFoy,et,aprèsavoirremerciéd'Artagnanetl'avoirinvitéàl'attendredans
lacourduPalais-Royal,fit-ilsigneàGuitautdelesuivre.Tousdeux
descendirentdecheval,remirentlabridedeleurmontureaulaquaisquiavait
ouvertlaporteetdisparurentdanslejardin.
—MoncherGuitaut,ditlecardinalens'appuyantsurlebrasduvieuxcapitaine
desgardes,vousmedisieztoutàl'heurequ'ilyavaittantôtvingtansquevous
étiezauservicedelareine?
—Oui,c'estlavérité,réponditGuitaut.
—Or,moncherGuitaut,continualecardinal,j'airemarquéqu'outrevotre
courage,quiesthorsdecontestation,etvotrefidélité,quiestàtouteépreuve,
vousaviezuneadmirablemémoire.
—Vousavezremarquécela,Monseigneur?ditlecapitainedesgardes;diable!
tantpispourmoi.
—Commentcela?
—Sansdoute,unedespremièresqualitésducourtisanestdesavoiroublier.
—Maisvousn'êtespasuncourtisan,vous,Guitaut,vousêtesunbravesoldat,
undecescapitainescommeilenresteencorequelques-unsdutempsduroi
HenriIV,maiscommemalheureusementiln'enresteraplusbientôt.
—Peste,Monseigneur!m'avez-vousfaitveniravecvouspourmetirermon
horoscope?
—Non,ditMazarinenriant;jevousaifaitvenirpourvousdemandersivous
aviezremarquénotrelieutenantdemousquetaires.
—M.d'Artagnan?
—Oui.
—Jen'aipaseubesoindeleremarquer,Monseigneur,ilyalongtempsquejele
connais.


—Quelhommeest-ce,alors?
—Ehmais,ditGuitaut,surprisdelademande,c'estunGascon!
—Oui,jesaiscela;maisjevoulaisvousdemandersic'étaitunhommeenqui
l'onpûtavoirconfiance.
—M.deTrévilleletientengrandeestime,etM.deTréville,vouslesavez,est
desgrandsamisdelareine.
—Jedésiraissavoirsic'étaitunhommequieûtfaitsespreuves.
—Sic'estcommebravesoldatquevousl'entendez,jecroispouvoirvous
répondrequeoui.AusiègedeLaRochelle,aupasdeSuze,àPerpignan,j'ai
entendudirequ'ilavaitfaitplusquesondevoir.
—Mais,vouslesavez,Guitaut,nousautrespauvresministres,nousavons
souventbesoinencored'autreshommesqued'hommesbraves.Nousavons
besoindegensadroits.M.d'Artagnannes'est-ilpastrouvémêlédutempsdu
cardinaldansquelqueintriguedontlebruitpublicvoudraitqu'ilsefûttiréfort
habilement?
—Monseigneur,souscerapport,ditGuitaut,quivitbienquelecardinalvoulait
lefaireparler,jesuisforcédedireàVotreÉminencequejenesaisquecequele
bruitpublicapuluiapprendreàelle-même.Jenemesuisjamaismêlé
d'intriguespourmoncompte,etsij'aiparfoisreçuquelqueconfidenceàpropos
desintriguesdesautres,commelesecretnem'appartientpas,Monseigneur
trouverabonquejelegardeàceuxquimel'ontconfié.
Mazarinsecoualatête.
—Ah!dit-il,ilya,surmaparole,desministresbienheureux,etquisaventtout
cequ'ilsveulentsavoir.
—Monseigneur,repritGuitaut,c'estqueceux-lànepèsentpastousleshommes
danslamêmebalance,etqu'ilssavents'adresserauxgensdeguerrepourla
guerreetauxintrigantspourl'intrigue.Adressez-vousàquelqueintrigantde
l'époquedontvousparlez,etvousentirerezcequevousvoudrez,enpayant,
bienentendu.


—Eh,pardieu!repritMazarinenfaisantunecertainegrimacequiluiéchappait
toujourslorsqu'ontouchaitavecluilaquestiond'argentdanslesensquevenait
delefaireGuitaut…onpaiera…s'iln'yapasmoyendefaireautrement.
—Est-cesérieusementqueMonseigneurmedemandedeluiindiquerunhomme
quiaitétémêlédanstouteslescabalesdecetteépoque?
—PerBacco!repritMazarin,quicommençaitàs'impatienter,ilyauneheure
quejenevousdemandepasautrechose,têtedeferquevousêtes.
—Ilyenaundontjevousrépondssouscerapport,s'ilveutparlertoutefois.
—Celameregarde.
—Ah,Monseigneur!cen'estpastoujourschosefacile,quedefairedireaux
genscequ'ilsneveulentpasdire.
—Bah!avecdelapatienceonyarrive.Ehbien!cethommec'est…
—C'estlecomtedeRochefort.
—LecomtedeRochefort!
—Malheureusementiladisparudepuistantôtquatreoucinqansetjenesaisce
qu'ilestdevenu.
—Jelesais,moi,Guitaut,ditMazarin.
—Alors,dequoiseplaignaitdonctoutàl'heureVotreÉminence,denerien
savoir?
—Et,ditMazarin,vouscroyezqueRochefort…
—C'étaitl'âmedamnéeducardinal,Monseigneur;mais,jevousenpréviens,
celavouscoûteracher;lecardinalétaitprodigueavecsescréatures.
—Oui,oui,Guitaut,ditMazarin,c'étaitungrandhomme,maisilavaitce
défaut-là.Merci,Guitaut,jeferaimonprofitdevotreconseil,etcelacesoir
même.
Etcommeencemomentlesdeuxinterlocuteursétaientarrivésàlacourdu


Palais-Royal,lecardinalsaluaGuitautd'unsignedelamain;etapercevantun
officierquisepromenaitdelongenlarge,ils'approchadelui.
C'étaitd'Artagnanquiattendaitleretourducardinal,commecelui-cienavait
donnél'ordre.
—Venez,monsieurd'Artagnan,ditMazarindesavoixlaplusflûtée,j'aiun
ordreàvousdonner.
D'Artagnans'inclina,suivitlecardinalparl'escaliersecret,et,uninstantaprès,
seretrouvadanslecabinetd'oùilétaitparti.Lecardinals'assitdevantson
bureauetpritunefeuilledepapiersurlaquelleilécrivitquelqueslignes.
D'Artagnan,debout,impassible,attenditsansimpatiencecommesanscuriosité:
ilétaitdevenuunautomatemilitaire,agissant,ouplutôtobéissantparressort.
Lecardinalplialalettreetymitsoncachet.
—Monsieurd'Artagnan,dit-il,vousallezportercettedépêcheàlaBastille,et
ramenerlapersonnequienestl'objet;vousprendrezuncarrosse,uneescorteet
vousgarderezsoigneusementleprisonnier.
D'Artagnanpritlalettre,portalamainàsonfeutre,pivotasursestalons,comme
eûtpulefaireleplushabilesergentinstructeur,sortit,et,uninstantaprès,on
l'entenditcommanderdesavoixbrèveetmonotone:
—Quatrehommesd'escorte,uncarrosse,moncheval.
Cinqminutesaprès,onentendaitlesrouesdelavoitureetlesfersdeschevaux
retentirsurlepavédelacour.
III.Deuxanciensennemis
D'ArtagnanarrivaitàlaBastillecommehuitheuresetdemiesonnaient.
Ilsefitannonceraugouverneur,qui,lorsqu'ilsutqu'ilvenaitdelapartetavec
unordreduministre,s'avançaau-devantdeluijusqu'auperron.
LegouverneurdelaBastilleétaitalorsM.duTremblay,frèredufameuxcapucin


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