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Mademoiselle de maupin


TheProjectGutenbergEBookofMademoiselledeMaupin,byThéophile
Gautier
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restrictionswhatsoever.Youmaycopyit,giveitawayorre-useitunderthe
termsoftheProjectGutenbergLicenseincludedwiththiseBookoronlineat
www.gutenberg.net
Title:MademoiselledeMaupin
Author:ThéophileGautier
ReleaseDate:December7,2004[EBook#14288][Lastupdated:April9,2011]
Language:French
***STARTOFTHISPROJECTGUTENBERGEBOOKMADEMOISELLE
DEMAUPIN***

ProducedbyEbookslibresetgratuitsathttp://www.ebooksgratuits.com

ThéophileGautier
MADEMOISELLEDEMAUPIN
(1835)
Tabledesmatières
PréfaceUnedeschoseslesplusburlesques…

PréfaceNon,imbéciles,non,crétinsetgoitreux…
Chapitre1


Chapitre2
Chapitre3
Chapitre4
Chapitre5
Chapitre6
Chapitre7
Chapitre8
Chapitre9
Chapitre10
Chapitre11Beaucoupdechosessontennuyeuses…
Chapitre11Leshommesdegéniesonttrèsbornés…
Chapitre12Jet'aipromislasuitedemesaventures…
Chapitre12Rosettetémoigna,pourapaisersasoif…
Chapitre13
Chapitre14
Chapitre15
Chapitre16
Chapitre17

_Préface__Unedeschoseslesplusburlesques…_
Unedeschoseslesplusburlesquesdelaglorieuseépoqueoùnousavonsle
bonheurdevivreestincontestablementlaréhabilitationdelavertuentreprisepar
touslesjournaux,dequelquecouleurqu'ilssoient,rouges,vertsoutricolores.
Lavertuestassurémentquelquechosedefortrespectable,etnousn'avonspas
enviedeluimanquer,Dieunousenpréserve!Labonneetdignefemme!—
Noustrouvonsquesesyeuxontassezdebrillantàtraversleursbésicles,queson
basn'estpastropmaltiré,qu'elleprendsontabacdanssaboîted'oravectoutela
grâceimaginable,quesonpetitchienfaitlarévérencecommeunmaîtreà
danser.—Noustrouvonstoutcela.—Nousconviendronsmêmequepourson
âgeellen'estpastropmalenpoint,etqu'elleportesesannéesonnepeutmieux.
—C'estunegrand-mèretrèsagréable,maisc'estunegrand-mère…—Ilme
semblenatureldeluipréférer,surtoutquandonavingtans,quelquepetite
immoralitébienpimpante,biencoquette,bienbonnefille,lescheveuxunpeu
défrisés,lajupeplutôtcourtequelongue,lepiedetl'oeilagaçants,lajoue
légèrementallumée,lerireàlaboucheetlecoeursurlamain.—Les



journalisteslesplusmonstrueusementvertueuxnesauraientêtred'unavis
différent;et,s'ilsdisentlecontraire,ilesttrèsprobablequ'ilsnelepensentpas.
Penserunechose,enécrireuneautre,celaarrivetouslesjours,surtoutauxgens
vertueux.
Jemesouviensdesquolibetslancésavantlarévolution(c'estdecelledejuillet
quejeparle)contrecemalheureuxetvirginalvicomteSosthènedeLa
Rochefoucauldquiallongealesrobesdesdanseusesdel'Opéra,etappliquade
sesmainspatriciennesunpudiqueemplâtresurlemilieudetouteslesstatues.—
M.levicomteSosthènedeLaRochefoucauldestdépassédebienloin.—La
pudeuraététrèsperfectionnéedepuiscetemps,etl'onentreendesraffinements
qu'iln'auraitpasimaginés.
Moiquin'aipasl'habitudederegarderlesstatuesàdecertainsendroits,je
trouvais,commelesautres,lafeuilledevigne,découpéeparlesciseauxdeM.le
chargédesbeaux-arts,lachoselaplusridiculedumonde.Ilparaitquej'avais
tort,etquelafeuilledevigneestuneinstitutiondesplusméritoires.
Onm'adit,j'airefuséd'yajouterfoi,tantcelamesemblaitsingulier,qu'ilexistait
desgensqui,devantlafresquedu_Jugementdernier_deMichel-Ange,n'y
avaientrienvuautrechosequel'épisodedesprélatslibertins,ets'étaientvoiléla
faceencriantàl'abominationdeladésolation!
Cesgens-lànesaventaussidelaromancedeRodriguequelecoupletdela
couleuvre.—S'ilyaquelquenuditédansuntableauoudansunlivre,ilsyvont
droitcommeleporcàlafange,etnes'inquiètentpasdesfleursépanouiesnides
beauxfruitsdorésquipendentdetoutesparts.
J'avouequejenesuispasassezvertueuxpourcela.Dorine,lasoubrette
effrontée,peuttrèsbienétalerdevantmoisagorgerebondie,certainementjene
tireraipasmonmouchoirdemapochepourcouvrirceseinquel'onnesaurait
voir.—Jeregarderaisagorgecommesafigure,et,siellel'ablancheetbien
formée,j'yprendraiplaisir.—Maisjenetâteraipassilarobed'Elmireest
moelleuse,etjenelapousseraipassaintementsurleborddelatable,comme
faisaitcepauvrehommedeTartuffe.
Cettegrandeaffectationdemoralequirègnemaintenantseraitfortrisible,sielle
n'étaitfortennuyeuse.—Chaquefeuilletondevientunechaire;chaque
journaliste,unprédicateur;iln'ymanquequelatonsureetlepetitcollet.Le


tempsestàlapluieetàl'homélie;onsedéfenddel'uneetdel'autreennesortant
qu'envoitureetenrelisantPantagruelentresabouteilleetsapipe.
MondouxJésus!queldéchaînement!quellefurie!
—Quivousamordu?quivousapiqué?quediableavez-vousdoncpourcriersi
haut,etquevousafaitcepauvrevicepourluientantvouloir,luiquiestsibon
homme,sifacileàvivre,etquinedemandequ'às'amuserlui-mêmeetànepas
ennuyerlesautres,sifairesepeut?—AgissezaveclevicecommeSerreavecle
gendarme:embrassez-vous,etquetoutcelafinisse.—Croyez-m'en,vousvous
entrouverezbien.—Eh!monDieu!messieurslesprédicateurs,queferiez-vous
doncsanslevice?—Vousseriezréduits,dèsdemain,àlamendicité,sil'on
devenaitvertueuxaujourd'hui.
Lesthéâtresseraientferméscesoir.—Surquoiferiez-vousvotrefeuilleton?—
Plusdebalsdel'Opérapourremplirvoscolonnes,—plusderomansà
disséquer;carbals,romans,comédies,sontlesvraiespompesdeSatan,sil'onen
croitnotresainteMèrel'Église.—L'actricerenverraitsonentreteneur,etne
pourraitplusvouspayersonéloge.—Onnes'abonneraitplusàvosjournaux;
onliraitsaintAugustin,oniraitàl'église,ondiraitsonrosaire.Celaseraitpeutêtretrèsbien;mais,àcoupsûr,vousn'ygagneriezpas.—Sil'onétaitvertueux,
oùplaceriez-vousvosarticlessurl'immoralitédusiècle?Vousvoyezbienquele
viceestbonàquelquechose.
Maisc'estlamodemaintenantd'êtrevertueuxetchrétien,c'estunetournure
qu'onsedonne;onseposeensaintJérôme,commeautrefoisendonJuan;l'on
estpâleetmacéré,l'onportelescheveuxàl'apôtre,l'onmarchelesmainsjointes
etlesyeuxfichésenterre;onprendunpetitairconfitenperfection;onaune
Bibleouvertesursacheminée,uncrucifixetdubuisbénitàsonlit;l'onnejure
plus,l'onfumepeu,etl'onchiqueàpeine.—Alorsonestchrétien,l'onparlede
lasaintetédel'art,delahautemissiondel'artiste,delapoésieducatholicisme,
deM.deLamennais,despeintresdel'écoleangélique,duconciledeTrente,de
l'humanitéprogressiveetdemilleautresbelleschoses.—Quelques-unsfont
infuserdansleurreligionunpeuderépublicanisme;cenesontpaslesmoins
curieux.IlsaccouplentRobespierreetJésus-Christdelafaçonlaplusjoviale,et
amalgamentavecunsérieuxdigned'élogeslesActesdesApôtresetlesdécrets
dela_sainte_convention,c'estl'épithètesacramentelle;d'autresyajoutent,pour
dernieringrédient,quelquesidéessaint-simoniennes.—Ceux-làsontcomplets
etcarrésparlabase;aprèseux,ilfauttirerl'échelle.Iln'estpasdonnéauridicule


humaind'allerplusloin,—_hasultrametas…,_etc.Cesontlescolonnes
d'Herculeduburlesque.
Lechristianismeesttellementenvogueparlatartuferiequicourtquelenéochristianismelui-mêmejouitd'unecertainefaveur.Onditqu'ilcomptejusqu'à
unadepte,ycomprisM.Drouineau.
Unevariétéextrêmementcurieusedujournalisteproprementditmoral,c'estle
journalisteàfamilleféminine.
Celui-làpousselasusceptibilitépudiquejusqu'àl'anthropophagie,oupeus'en
faut.
Samanièredeprocéder,pourêtresimpleetfacileaupremiercoupd'oeil,n'enest
pasmoinsbouffonneetsuperlativementrécréative,etjecroisqu'ellevautqu'on
laconserveàlapostérité,—ànosderniersneveux,commedisaientles
perruquesduprétendugrandsiècle.
D'abordpourseposerenjournalistedecetteespèce,ilfautquelquespetits
ustensilespréparatoires,—telsquedeuxoutroisfemmeslégitimes,quelques
mères,leplusdesoeurspossible,unassortimentdefillescompletetdes
cousinesinnombrablement.—Ensuiteilfautunepiècedethéâtreouunroman
quelconque,uneplume,del'encre,dupapieretunimprimeur.Ilfaudraitpeutêtrebienuneidéeetplusieursabonnés;maisons'enpasseavecbeaucoupde
philosophieetl'argentdesactionnaires.
Quandonatoutcela,l'onpeuts'établirjournalistemoral.Lesdeuxrecettes
suivantes,convenablementvariées,suffisentàlarédaction.
Modèlesd'articlesvertueuxsurunepremièrereprésentation.
«Aprèslalittératuredesang,lalittératuredefange;aprèslaMorgueetlebagne,
l'alcôveetlelupanar;aprèslesguenillestachéesparlemeurtre,lesguenilles
tachéesparladébauche;après,etc.(selonlebesoinetl'espace,onpeutcontinuer
surcetondepuissixlignesjusqu'àcinquanteetau-delà),—c'estjustice.—
Voilàoùmènentl'oublidessainesdoctrinesetledévergondageromantique:le
théâtreestdevenuuneécoledeprostitutionoùl'onn'osesehasarderqu'en
tremblantavecunefemmequ'onrespecte.Vousvenezsurlafoid'unnom
illustre,etvousêtesobligédevousretirerautroisièmeacteavecvotrejeunefille
toutetroubléeettoutedécontenancée.Votrefemmecachesarougeurderrière


sonéventail;votresoeur,votrecousine,etc.»(Onpeutdiversifierlestitresde
parenté;ilsuffitquecesoientdesfemelles.)
Nota.—Ilyenaunquiapoussélamoralitéjusqu'àdire:Jen'iraipasvoirce
drameavecmamaîtresse.—Celui-là,jel'admireetjel'aime;jeleportedans
moncoeur,commeLouisXVIIIportaittoutelaFrancedanslesien;carilaeu
l'idéelaplustriomphante,lapluspyramidale,laplusébouriffée,laplus
luxoriennequisoittombéedansunecervelled'homme,encebenoîtdixneuvièmesiècleoùilenesttombétantetdesidrôles.
Laméthodepourrendrecompted'unlivreesttrèsexpéditiveetàlaportéede
touteslesintelligences:
«Sivousvoulezlirecelivre,enfermez-voussoigneusementchezvous;nele
laissezpastraînersurlatable.Sivotrefemmeetvotrefillevenaientàl'ouvrir,
ellesseraientperdues.—Celivreestdangereux,celivreconseillelevice.Il
auraitpeut-êtreeuungrandsuccès,autempsdeCrébillon,danslespetites
maisons,auxsoupersfinsdesduchesses;maismaintenantquelesmoeurssesont
épurées,maintenantquelamaindupeupleafaitcroulerl'édificevermoulude
l'aristocratie,etc.,etc.,que…que…que…—ilfaut,danstouteoeuvre,une
idée,uneidée…là,uneidéemoraleetreligieusequi…unevuehauteet
profonderépondantauxbesoinsdel'humanité;carilestdéplorablequedejeunes
écrivainssacrifientausuccèsleschoseslesplussaintes,etusentuntalent,
estimabled'ailleurs,àdespeintureslubriquesquiferaientrougirdescapitaines
dedragons(lavirginitéducapitainededragonsest,aprèsladécouvertede
l'Amérique,laplusbelledécouvertequel'onaitfaitedepuislongtemps).—Le
romandontnousfaisonslacritiquerappelleThérèsephilosophe,Félicia,le
CompèreMathieu,lesContesdeGrécourt.»—Lejournalistevertueuxestd'une
éruditionimmenseenfaitderomansorduriers;—jeseraiscurieuxdesavoir
pourquoi.
Ilesteffrayantdesongerqu'ilya,deparlesjournaux,beaucoupd'honnêtes
industrielsquin'ontquecesdeuxrecettespoursubsister,euxetlanombreuse
famillequ'ilsemploient.
Apparemmentquejesuislepersonnageleplusénormémentimmoralqu'ilse
puissetrouverenEuropeetailleurs;carjenevoisriendepluslicencieuxdans
lesromansetlescomédiesdemaintenantquedanslesromansetlescomédies
d'autrefois,etjenecomprendsguèrepourquoilesoreillesdemessieursdes


journauxsontdevenuestoutàcoupsijanséniquementchatouilleuses.
JenepensepasquelejournalisteleplusinnocentosedirequePigault-Lebrun,
Crébillonfils,Louvet,Voisenon,Marmontelettousautresfaiseursderomanset
denouvellesnedépassentenimmoralité,puisqueimmoralitéilya,les
productionslesplusécheveléesetlesplusdévergondéesdeMM.telsettels,que
jenenommepas,parégardpourleurpudeur.
Ilfaudraitlaplusinsignemauvaisefoipourn'enpasconvenir.
Qu'onnem'objectepasquej'aialléguéicidesnomspeuoumalconnus.Sije
n'aipastouchéauxnomséclatantsetmonumentaux,cen'estpasqu'ilsne
puissentappuyermonassertiondeleurgrandeautorité.
LesRomansetlesContesdeVoltairenesontassurémentpas,àladifférencede
mériteprès,beaucoupplussusceptiblesd'êtredonnésenprixauxpetitestartines
despensionnatsquelesContesimmorauxdenotreamilelycanthrope,oumême
quelesContesmorauxdudoucereuxMarmontel.
Quevoit-ondanslescomédiesdugrandMolière?Lasainteinstitutiondu
mariage(styledecatéchismeetdejournaliste)bafouéeettournéeenridiculeà
chaquescène.
Lemariestvieuxetlaidetcacochyme;ilmetsaperruquedetravers;sonhabit
n'estplusàlamode;ilaunecanneàbec-de-corbin,lenezbarbouillédetabac,
lesjambescourtes,l'abdomengroscommeunbudget.—Ilbredouille,etnedit
quedessottises;ilenfaitautantqu'ilendit;ilnevoitrien,iln'entendrien;on
embrassesafemmeàsabarbe;ilnesaitpasdequoiilestquestion:celadure
ainsijusqu'àcequ'ilsoitbienetdûmentconstatécocuàsesyeuxetauxyeuxde
toutelasalleonnepeutplusédifiée,etquiapplauditàtoutrompre.
Ceuxquiapplaudissentleplussontceuxquisontleplusmariés.
Lemariages'appelle,chezMolière,GeorgeDandinouSganarelle.
L'adultère,DamisouClitandre;iln'yapasdenomassezdoucereuxetcharmant
pourlui.
L'adultèreesttoujoursjeune,beau,bienfaitetmarquispourlemoins.Ilentreen
chantonnantàlacantonadelacourantelaplusnouvelle;ilfaitunoudeuxpasen


scènedel'airleplusdélibéréetleplustriomphantdumonde;ilsegrattel'oreille
avecl'onglerosedesonpetitdoigtcoquettementécarquillé;ilpeigneavecson
peigned'écaillesabellechevelureblondine,etrajustesescanonsquisontdu
grandvolume.Sonpourpointetsonhaut-de-chaussesdisparaissentsousles
aiguillettesetlesnoeudsderuban,sonrabatestdelabonnefaiseuse;sesgants
flairentmieuxquebenjoinetcivette;sesplumesontcoûtéunlouislebrin.
Commesonoeilestenfeuetsajoueenfleur!quesaboucheestsouriante!que
sesdentssontblanches!commesamainestdouceetbienlavée.
Ilparle,cenesontquemadrigaux,galanteriesparfuméesenbeaustyleprécieux
etdumeilleurair;ilalulesromansetsaitlapoésie,ilestvaillantetpromptà
dégainer,ilsèmel'oràpleinesmains.—AussiAngélique,Agnès,Isabellese
peuventàpeinetenirdeluisauteraucou,sibienélevéesetsigrandesdames
qu'ellessoient;aussilemariest-ilrégulièrementtrompéaucinquièmeacte,bien
heureuxquandcen'estpasdèslepremier.
VoilàcommelemariageesttraitéparMolière,l'undesplushautsetdesplus
gravesgéniesquijamaisaientété.—Croit-onqu'ilyaitriendeplusfortdans
lesréquisitoiresd'_Indiana_etdeValentine?
Lapaternitéestencoremoinsrespectée,s'ilestpossible.Voyez
Orgon,voyezGéronte,voyez-lestous.
Commeilssontvolésparleursfils,battusparleursvalets!Commeonmetànu,
sanspitiépourleurâge,etleuravarice,etleurentêtement,etleurimbécillité!—
Quellesplaisanteries!quellesmystifications!
Commeonlespousseparlesépauleshorsdelavie,cespauvresvieuxquisont
longsàmourir,etquineveulentpointdonnerleurargent!commeonparlede
l'éternitédesparents!quelsplaidoyerscontrel'hérédité,etcommecelaestplus
convaincantquetouteslesdéclamationssaint-simoniennes!
Unpère,c'estunogre,c'estunArgus,c'estungeôlier,untyran,quelquechose
quin'estbontoutauplusqu'àretarderunmariagependanttroisjusqu'àla
reconnaissancefinale.—Unpèreestlemariridiculeaugrandcomplet.—
Jamaisunfilsn'estridiculedansMolière;carMolière,commetouslesauteurs
detouslestempspossibles,faisaitsacouràlajeunegénérationauxdépensde
l'ancienne.


EtlesScapins,avecleurcaperayéeàlanapolitaine,etleurbonnetsurl'oreille,
etleurplumebalayantlesbandesd'air,nesont-ilspasdesgensbienpieux,bien
chastesetbiendignesd'êtrecanonisés?—Lesbagnessontpleinsd'honnêtes
gensquin'ontpasfaitlequartdecequ'ilsfont.LesroueriesdeTrialphsontde
pauvresroueriesencomparaisondesleurs.EtlesLisettesetlesMartons,quelles
gaillardes,tudieu!—Lescourtisanesdesruessontloind'êtreaussidélurées,
aussipromptesàlaripostegrivoise.Commeelless'entendentàremettreun
billet!commeellesfontbienlagardependantlesrendez-vous!—Cesont,sur
maparole,deprécieusesfilles,serviablesetdebonconseil.
C'estunecharmantesociétéquis'agiteetsepromèneàtraverscescomédieset
cesimbroglios.—Tuteursdupés,mariscocus,suivanteslibertines,valets
aigrefins,demoisellesfollesd'amour,filsdébauchés,femmesadultères;celane
vaut-ilpasbienlesjeunesbeauxmélancoliquesetlespauvresfaiblesfemmes
oppriméesetpassionnéesdesdramesetdesromansdenosfaiseursenvogue?
Ettoutcela,moinslecoupdedaguefinal,moinslatassedepoisonobligée:les
dénouementssontaussiheureuxquelesdénouementsdescontesdefées,ettout
lemonde,jusqu'aumari,estonnepeutplussatisfait.DansMolière,lavertuest
toujourshonnieetrossée;c'estellequiportelescornes,ettendledosà
Mascarille;àpeinesilamoralitéapparaîtunefoisàlafindelapiècesousla
personnificationunpeubourgeoisedel'exemptLoyal.
Toutcequenousvenonsdedireicin'estpaspourécornerlepiédestalde
Molière;nousnesommespasassezfoupourallersecouercecolossedebronze
avecnospetitsbras;nousvoulionssimplementdémontrerauxpieux
feuilletonistes,qu'effarouchentlesouvragesnouveauxetromantiques,queles
classiquesanciens,dontilsrecommandentchaquejourlalectureetl'imitation,
lessurpassentdebeaucoupengaillardiseetenimmoralité.
ÀMolièrenouspourrionsaisémentjoindreetMarivauxetLaFontaine,cesdeux
expressionssiopposéesdel'espritfrançais,etRégnier,etRabelais,etMarot,et
biend'autres.Maisnotreintentionn'estpasdefaireici,àproposdemorale,un
coursdelittératureàl'usagedesviergesdufeuilleton.
Ilmesemblequel'onnedevraitpasfairetantdetapageàproposdesipeu.Nous
nesommesheureusementplusautempsd'Èvelablonde,etnousnepouvons,en
bonneconscience,êtreaussiprimitifsetaussipatriarcauxquel'onétaitdans
l'arche.Nousnesommespasdespetitesfillessepréparantàleurpremière


communion;et,quandnousjouonsaucorbillon,nousnerépondonspas_tarteà
lacrème._Notrenaïvetéestassezpassablementsavante,etilyalongtempsque
notrevirginitécourtlaville;cesontlàdeceschosesquel'onn'apasdeuxfois;
et,quoiquenousfassions,nousnepouvonslesrattraper,cariln'yarienau
mondequicoureplusvitequ'unevirginitéquis'envaetqu'uneillusionqui
s'envole.
Aprèstout,iln'yapeut-êtrepasgrandmal,etlasciencedetouteschosesest-elle
préférableàl'ignorancedetouteschoses.C'estunequestionquejelaisseà
débattreàdeplussavantsquemoi.Toujoursest-ilquelemondeapassél'âgeoù
l'onpeutjouerlamodestieetlapudeur,etjelecroistropvieuxbarbonpourfaire
l'enfantinetlevirginalsansserendreridicule.
Depuissonhymenaveclacivilisation,lasociétéaperduledroitd'êtreingénue
etpudibonde.Ilestdecertainesrougeursquisontencoredemiseaucoucherde
lamariée,etquinepeuventplusservirlelendemain;carlajeunefemmenese
souvientpeut-êtreplusdelajeunefille,ou,sielles'ensouvient,c'estunechose
trèsindécente,etquicomprometgravementlaréputationdumari.
Quandjelisparhasardundecesbeauxsermonsquiontremplacédansles
feuillespubliqueslacritiquelittéraire,ilmeprendquelquefoisdegrands
remordsetdegrandesappréhensions,àmoiquiaisurlaconsciencequelques
menuesgaudriolesunpeutropfortementépicées,commeunjeunehommequia
dufeuetdel'entrainpeutenavoiràsereprocher.
ÀcôtédecesBossuetsduCafédeParis,decesBourdalouesdubalconde
l'Opéra,decesCatonsàtantlalignequigourmandentlesiècled'unesibelle
façon,jemetrouveeneffetleplusépouvantablescélératquiaitjamaissouilléla
facedelaterre;etpourtant,Dieulesait,lanomenclaturedemespéchés,tant
capitauxquevéniels,aveclesblancsetinterlignesderigueur,pourraitàpeine,
entrelesmainsduplushabilelibraire,formerunoudeuxvolumesin-8parjour,
cequiestpeudechosepourquelqu'unquin'apaslaprétentiond'allerenparadis
dansl'autremonde,etdegagnerleprixMontyonoud'êtrerosièreencelui-ci.
Puisquandjepensequej'airencontrésouslatable,etmêmeailleurs,unassez
grandnombredecesdragonsdevertu,jereviensàunemeilleureopinionde
moi-même,etj'estimequ'avectouslesdéfautsquejepuisseavoirilsenontun
autrequiestbien,àmesyeux,leplusgrandetlepiredetous:—c'est
l'hypocrisiequejeveuxdire.


Encherchantbien,ontrouveraitpeut-êtreunautrepetitviceàajouter;mais
celui-ciesttellementhideuxqu'envéritéjen'osepresquepaslenommer.
Approchez-vous,etjem'envaisvouscoulersonnomdansl'oreille:—c'est
l'envie.
L'envie,etpasautrechose.
C'estellequis'envarampantetserpentantàtraverstoutescespaternes
homélies:quelquesoinqu'elleprennedesecacher,onvoitbrillerdetempsen
temps,au-dessusdesmétaphoresetdesfiguresderhétorique,sapetitetêteplate
devipère;onlasurprendàlécherdesalanguefourchueseslèvrestoutesbleues
devenin,onl'entendsifflotertoutdoucettementàl'ombred'uneépithète
insidieuse.
Jesaisbienquec'estuneinsupportablefatuitédeprétendrequ'onvousenvie,et
quecelaestpresqueaussinauséabondqu'unmerveilleuxquisevanted'une
bonnefortune.—Jen'aipaslaforfanteriedemecroiredesennemisetdes
envieux;c'estunbonheurquin'estpasdonnéàtoutlemonde,etjenel'aurai
probablementpasdelongtemps:aussijeparlerailibrementetsansarrièrepensée,commequelqu'undetrèsdésintéressédanscettequestion.
Unechosecertaineetfacileàdémontreràceuxquipourraientendouter,c'est
l'antipathienaturelleducritiquecontrelepoète,—deceluiquinefaitrien
contreceluiquifait,—dufreloncontrel'abeille—duchevalhongrecontre
l'étalon.
Vousnevousfaitescritiquequ'aprèsqu'ilestbienconstatéàvospropresyeux
quevousnepouvezêtrepoète.Avantdevousréduireautristerôledegarderles
manteauxetdenoterlescoupscommeungarçondebillardouunvaletdejeude
paume,vousavezlongtempscourtisélaMuse,vousavezessayédela
dévirginer;maisvousn'avezpasassezdevigueurpourcela;l'haleinevousa
manqué,etvousêtesretombépâleetefflanquéaupieddelasaintemontagne.
Jeconçoiscettehaine.Ilestdouloureuxdevoirunautres'asseoiraubanquetoù
l'onn'estpasinvité,etcoucheraveclafemmequin'apasvouludevous.Je
plainsdetoutmoncoeurlepauvreeunuqueobligéd'assisterauxébatsduGrand
Seigneur.
Ilestadmisdanslesprofondeurslesplussecrètesdel'Oda;ilmènelessultanes
aubain;ilvoitluiresousl'eaud'argentdesgrandsréservoirscesbeauxcorpstout


ruisselantsdeperlesetpluspolisquedesagates;lesbeautéslespluscachéeslui
apparaissentsansvoiles.Onnesegênepasdevantlui.—C'estuneunuque.—
Lesultancaressesafavoriteensaprésence,etlabaisesursabouchedegrenade.
—Envérité,c'estunebienfaussesituationquelasienne,etildoitêtrebien
embarrassédesacontenance.
Ilenestdemêmepourlecritiquequivoitlepoètesepromenerdanslejardinde
poésieavecsesneufbellesodalisques,ets'ébattreparesseusementàl'ombrede
grandslauriersverts.Ilestbiendifficilequ'ilneramassepaslespierresdugrand
cheminpourlesluijeteretleblesserderrièresonmur,s'ilestassezadroitpour
cela.
Lecritiquequin'arienproduitestunlâche;c'estcommeunabbéquicourtisela
femmed'unlaïque:celui-cinepeutluirendrelapareillenisebattreaveclui.
JecroisqueceseraitunehistoireaumoinsaussicurieusequecelledeTeglathPhalasaroudeGemmagogquiinventalessouliersàpoulaine,quel'histoiredes
différentesmanièresdedéprécierunouvragequelconquedepuisunmoisjusqu'à
nosjours.
Ilyaassezdematièrespourquinzeouseizevolumesin-folio;maisnousaurons
pitiédulecteurs,etnousnousborneronsàquelqueslignes,—bienfaitpour
lequelnousdemandonsunereconnaissanceplusqu'éternelle.—Àuneépoque
trèsreculée,quiseperddanslanuitdesâges,ilyabientantôttroissemainesde
cela,leromanmoyenâgeflorissaitprincipalementàParisetdanslabanlieue.La
cottearmoriéeétaitengrandhonneur;onneméprisaitpaslescoiffuresàla
hennin,onestimaitfortlepantalonmi-parti;ladagueétaithorsdeprix;le
soulieràpoulaineétaitadorécommeunfétiche.—Cen'étaientqu'ogives,
tourelles,colonnettes,verrièrescoloriées,cathédralesetchâteauxforts;—ce
n'étaientquedemoisellesetdamoiseaux,pagesetvalets,truandsetsoudards,
galantschevaliersetchâtelainsféroces;—touteschosescertainementplus
innocentesquelesjeuxinnocents,etquinefaisaientdemalàpersonne.
Lecritiquen'avaitpasattenduausecondromanpourcommencersonoeuvrede
dépréciation;dèslepremierquiavaitparu,ils'étaitenveloppédesoncilicede
poildechameau,ets'étaitrépanduunboisseaudecendresurlatête:puis,
prenantsagrandevoixdolente,ils'étaitmisàcrier:
—Encoredumoyenâge,toujoursdumoyenâge!quimedélivreradumoyen


âge,decemoyenâgequin'estpaslemoyenâge?—Moyenâgedecartonetde
terrecuitequin'adumoyenâgequelenom.--Oh!lesbaronsdefer,dansleur
armuredefer,avecleurcoeurdefer,dansleurpoitrinedefer!—Oh!les
cathédralesavecleursrosacestoujoursépanouiesetleursverrièresenfleurs,
avecleursdentellesdegranit,avecleurstrèflesdécoupésàjour,leurspignons
tailladésenscie,avecleurchasubledepierrebrodéecommeunvoiledemariée,
avecleurscierges,avecleurschants,avecleursprêtresétincelants,avecleur
peupleàgenoux,avecleurorguequibourdonneetleursangesplanantetbattant
del'ailesouslesvoûtes!—commeilsm'ontgâtémonmoyenâge,monmoyen
âgesifinetsicoloré!commeilsl'ontfaitdisparaîtresousunecouchedegrossier
badigeon!quellescriardesenluminures!—Ah!barbouilleursignorants,qui
croyezavoirfaitdelacouleurpouravoirplaquérougesurbleu,blancsurnoiret
vertsurjaune,vousn'avezvudumoyenâgequel'écorce,vousn'avezpasdeviné
l'âmedumoyenâge,lesangnecirculepasdanslapeaudontvousrevêtezvos
fantômes,iln'yapasdecoeurdansvoscorseletsd'acier,iln'yapasdejambes
dansvospantalonsdetricot,pasdeventrenidegorgederrièrevosjupes
armoriées:cesontdeshabitsquiontlaformed'hommes,etvoilàtout.—Donc,
àbaslemoyenâgetelquenousl'ontfaitlesfaiseurs(legrandmotestlâché!les
faiseurs)!Lemoyenâgenerépondàrienmaintenant,nousvoulonsautrechose.
Etlepublic,voyantquelesfeuilletonistesaboyaientaumoyenâge,sepritd'une
bellepassionpourcepauvremoyenâge,qu'ilsprétendaientavoirtuéducoup.
Lemoyenâgeenvahittout,aidéparl'empêchementdesjournaux:—drames,
mélodrames,romances,nouvelles,poésies,ilyeutjusqu'àdesvaudevilles
moyenâge,etMomusrépétadesflonflonsféodaux.
Àcôtéduromanmoyenâgeverdissaitleromancharogne,genrederomantrès
agréable,etdontlespetites-maîtressesnerveusesetlescuisinièresblasées
faisaientunetrèsgrandeconsommation.
Lesfeuilletonistessontbienvitearrivésàl'odeurcommedescorbeauxàla
curée,etilsontdépecédubecdeleursplumesetméchammentmisàmortce
pauvregenrederomanquinedemandaitqu'àprospéreretàseputréfier
paisiblementsurlesrayonsgraisseuxdescabinetsdelecture.Quen'ont-ilspas
dit?quen'ont-ilspasécrit?—Littératuredemorgueoudebagne,cauchemarde
bourreau,hallucinationdeboucherivreetd'argousinquialafièvrechaude!Ils
donnaientbénignementàentendrequelesauteursétaientdesassassinsetdes
vampires,qu'ilsavaientcontractélavicieusehabitudedetuerleurpèreetleur
mère,qu'ilsbuvaientdusangdansdescrânes,qu'ilsseservaientdetibiaspour


fourchetteetcoupaientleurpainavecuneguillotine.
Etpourtantilssavaientmieuxquepersonne,pouravoirsouventdéjeunéavec
eux,quelesauteursdecescharmantestueriesétaientdebravesfilsdefamille,
trèsdébonnairesetdebonnesociété,gantésdeblanc,fashionablementmyopes,
—senourrissantplusvolontiersdebeefsteaksquedecôtelettesd'homme,et
buvantplushabituellementduvindeBordeauxquedusangdejeunefilleou
d'enfantnouveau-né.—Pouravoirvuettouchéleursmanuscrits,ilssavaient
parfaitementqu'ilsétaientécritsavecdel'encredelagrandevertu,surdupapier
anglais,etnonavecsangdeguillotinesurpeaudechrétienécorchévif.
Mais,quoiqu'ilsdissentouqu'ilsfissent,lesiècleétaitàlacharogne,etle
charnierluiplaisaitmieuxqueleboudoir;lelecteurneseprenaitqu'àun
hameçonamorcéd'unpetitcadavredéjàbleuissant.—Chosetrèsconcevable;
mettezuneroseauboutdevotreligne,lesaraignéesaurontletempsdefaireleur
toiledansleplidevotrecoude,vousneprendrezpaslemoindrepetitfretin;
accrochez-yunverouunmorceaudeDeuxfromage,carpes,barbillons,perches,
anguillessauterontàtroispiedshorsdel'eaupourlehapper.—Leshommesne
sontpasaussidifférentsdespoissonsqu'onal'airdelecroiregénéralement.
Onauraitditquelesjournalistesétaientdevenusquakers,brahmes,ou
pythagoriciens,outaureaux,tantilleuravaitprisunesubitehorreurdurougeet
dusang.—Jamaisonnelesavaitvussifondants,siémollients;—c'étaitdela
crèmeetdupetitlait.—Ilsn'admettaientquedeuxcouleurs,lebleudecieloule
vertpomme.Lerosen'étaitquesouffert,et,silepublicleseûtlaissésfaire,ils
l'eussentmenépaîtredesépinardssurlesrivesduLignon,côteàcôteavecles
moutonsd'Amaryllis.Ilsavaientchangéleurfracnoircontrelavestetourterelle
deCéladonoudeSilvandre,etentouréleursplumesd'oiederosespomponset
defaveursenmanièredehoulettepastorale.Ilslaissaientflotterleurscheveuxà
l'enfant,ets'étaientfaitdesvirginitésd'aprèslarecettedeMarionDelorme,à
quoiilsavaientaussibienréussiqu'elle.
Ilsappliquaientàlalittératurel'articleduDécalogue:
Homicidepointneseras.
Onnepouvaitplussepermettrelepluspetitmeurtredramatique,etlecinquième
acteétaitdevenuimpossible.
Ilstrouvaientlepoignardexorbitant,lepoisonmonstrueux,lahache


inqualifiable.Ilsauraientvouluqueleshérosdramatiquesvécussentjusqu'àl'âge
deMelchisédech;etcependantilestreconnu,depuisuntempsimmémorial,que
lebutdetoutetragédieestdefaireassommeràladernièrescèneunpauvre
diabledegrandhommequin'enpeutmais,commelebutdetoutecomédieestde
conjoindrematrimonialementdeuximbécilesdejeunespremiersd'environ
soixanteanschacun.
C'estverscetempsquej'aijetéaufeu(aprèsenavoirtiréundouble,ainsique
celasefaittoujours)deuxsuperbesetmagnifiquesdramesmoyenâge,l'unen
versetl'autreenprose,dontleshérosétaientécartelésetbouillisenplein
théâtre,cequieûtététrèsjovialetassezinédit.
Pourmeconformeràleursidées,j'aicomposédepuisunetragédieantiqueen
cinqactes,nommée_Héliogabale,_dontlehérossejettedansleslatrines,
situationextrêmementneuveetquial'avantaged'amenerunedécorationnon
encorevueauthéâtre.—J'aifaitaussiundramemoderneextrêmement
supérieuràAntony,Arthuroul'Hommefatal,oùl'idéeprovidentiellearrivesous
laformed'unpâtédefoiegrasdeStrasbourg,quelehérosmangejusqu'àla
dernièremietteaprèsavoirconsomméplusieursviols,cequi,jointàses
remords,luidonneuneabominableindigestiondontilmeurt.—Finmorales'il
enfut,quiprouvequeDieuestjusteetqueleviceesttoujourspunietlavertu
récompensée.
_Quantaugenremonstre,voussavezcommeilsl'onttraité,commeilsont
arrangéHand'Islande,cemangeurd'hommes,__Habibrahl'obi,Quasimodole
sonneur,etTriboulet,quin'estquebossu,—toutecettefamillesiétrangement
fourmillante,—toutescescrapauderiesgigantesquesquemonchervoisinfait
grouilleretsauteleràtraverslesforêtsviergesetlescathédralesdesesromans.
NilesgrandstraitsàlaMichel-Ange,nilescuriositésdignesdeCallot,niles
effetsd'OmbreetdePairàlafaçondeGoya,rienn'aputrouvergrâcedevant
eux;ilsl'ontrenvoyéàsesodes,quandilafaitdesromans;àsesromans,quand
ilafaitdesdrames:tactiqueordinairedesjournalistesquiaimenttoujoursmieux
cequ'onafaitquecequ'onfait.Heureuxhomme,toutefois,queceluiquiest
reconnusupérieurmêmeparlesfeuilletonistesdanstoussesouvrages,excepté,
bienentendu,celuidontilsrendentcompte,etquin'auraitqu'àécrireuntraitéde
théologieouunmanueldecuisinepourfairetrouversonthéâtreadmirable!_
_Pourleromandecoeur,leromanardentetpassionné,quiapourpèreWerther
l'Allemand,etpourmèreManonLescautlaFrançaise,nousavonstouché,au


commencementdecettepréface,quelquesmotsdelateignemoralequis'yest
désespérémentattachéesousprétextedereligionetdebonnesmoeurs.Lespoux
critiquessontcommelespouxdecorpsquiabandonnentlescadavrespouraller
auxvivants.Ducadavreduromanmoyenâgelescritiquessontpassésaucorps
decelui-ci,quialapeaudureetvivaceetleur__pourraitbienébrécherles
dents._
Nouspensons,malgrétoutlerespectquenousavonspourlesmodernesapôtres,
quelesauteursdecesromansappelésimmoraux,sansêtreaussimariésqueles
journalistesvertueux,ontassezgénéralementunemère,etqueplusieursd'entre
euxontdessoeursetsontpourvusd'uneabondantefamilleféminine;maisleurs
mèresetleurssoeursnelisentpasderomans,mêmederomansimmoraux;elles
cousent,brodentets'occupentdeschosesdelamaison.—Leursbas,comme
diraitM.Planard,sontd'uneentièreblancheur:vouslespouvezregarderaux
jambes,—ellesnesontpasbleues,etlebonhommeChrysale,luiquihaïssait
tantlesfemmessavantes,lesproposeraitpourexempleàladoctePhilaminte.
Quantauxépousesdecesmessieurs,puisqu'ilsenonttant,sivirginauxque
soientleursmaris,ilmesemble,àmoi,qu'ilestdecertaineschosesqu'elles
doiventsavoir.—Aufait,ilsepeutbienqu'ilsneleuraientrienmontré.Alorsje
comprendsqu'ilstiennentàlesmaintenirdanscetteprécieuseetbenoîte
ignorance.DieuestgrandetMahometestsonprophète!—Lesfemmessont
curieuses;fassentlecieletlamoralequ'ellescontententleurcuriositéd'une
manièrepluslégitimequ'Ève,leurgrand-mère,etn'aillentpasfairedes
questionsauserpent!
_Pourleursfilles,siellesontétéenpension,jenevois__pascequeleslivres
pourraientleurapprendre._
Ilestaussiabsurdededirequ'unhommeestunivrogneparcequ'ildécritune
orgie,undébauchéparcequ'ilraconteunedébauchequedeprétendrequ'un
hommeestvertueuxparcequ'ilafaitunlivredemorale;touslesjoursonvoitle
contraire.—C'estlepersonnagequiparleetnonl'auteur;sonhérosestathée,
celaneveutpasdirequ'ilsoitathée;ilfaitagiretparlerlesbrigandsen
brigands,iln'estpaspourcelaunbrigand.Àcecompte,ilfaudraitguillotiner
Shakespeare,Corneilleettouslestragiques;ilsontpluscommisdemeurtresque
MandrinetCartouche;onnel'apasfaitcependant,etjenecroismêmepas
qu'onlefassedelongtemps,sivertueuseetsimoralequepuissedevenirla
critique.C'estunedesmaniesdecespetitsgrimaudsàcervelleétroitequede


substituertoujoursl'auteuràl'ouvrageetderecouriràlapersonnalitépour
donnerquelquepauvreintérêtdescandaleàleursmisérablesrapsodies,qu'ils
saventbienquepersonneneliraitsiellesnecontenaientqueleuropinion
individuelle.
_Nousneconcevonsguèreàquoitendenttoutescescriailleries,àquoibon
toutescescolèresettouscesabois,—etquipoussemessieurslesGeoffroyau
petitpiedàsefairelesdonQuichottedelamorale,et,vraissergentsdeville
littéraires,àempoigneretàbâtonner,aunomdelavertu,touteidéequise
promènedansunlivre__lacornetteposéedetraversoulajupetrousséeunpeu
trophaut.—C'estfortsingulier._
L'époque,quoiqu'ilsendisent,estimmorale(sicemot-làsignifiequelquechose,
cedontnousdoutonsfort),etnousn'envoulonspasd'autrepreuvequela
quantitédelivresimmorauxqu'elleproduitetlesuccèsqu'ilsont.—Leslivres
suiventlesmoeursetlesmoeursnesuiventpasleslivres.—LaRégenceafait
Crébillon,cen'estpasCrébillonquiafaitlaRégence.Lespetitesbergèresde
Boucherétaientfardéesetdébraillées,parcequelespetitesmarquisesétaient
fardéesetdébraillées.—Lestableauxsefontd'aprèslesmodèlesetnonles
modèlesd'aprèslestableaux.Jenesaisquiaditjenesaisoùquelalittérature
etlesartsinfluaientsurlesmoeurs.Quiquecesoit,c'estindubitablementun
grandsot.—C'estcommesil'ondisait:Lespetitspoisfontpousserle
printemps;lespetitspoispoussentaucontraireparcequec'estleprintemps,et
lescerisesparcequec'estl'été.Lesarbresportentlesfruits,etcenesontpasles
fruitsquiportentlesarbresassurément,loiéternelleetinvariabledanssa
variété;lessièclessesuccèdent,etchacunportesonfruitquin'estpasceluidu
siècleprécédent;leslivressontlesfruitsdesmoeurs.
_Àcôtédesjournalistesmoraux,souscettepluied'homéliescommesousune
pluied'étédansquelqueparc,ilasurgi,entrelesplanchesdutréteausaintsimonien,unethéorie__depetitschampignonsd'unenouvelleespèceassez
curieuse,dontnousallonsfairel'histoirenaturelle._
Cesontlescritiquesutilitaires.Pauvresgensquiavaientlenezcourtànele
pouvoirchausserdelunettes,etcependantn'yvoyaientpasaussiloinqueleur
nez.
Quandunauteurjetaitsurleurbureauunvolumequelconque,romanoupoésie,
—cesmessieursserenversaientnonchalammentsurleurfauteuil,lemettaient


enéquilibresursespiedsdederrière,et,sebalançantd'unaircapable,ilsse
rengorgeaientetdisaient:
—_Àquoisertcelivre?Commentpeut-onl'appliqueràlamoralisationetau
bien-êtredelaclasselaplusnombreuseetlapluspauvre?Quoi!pasunmotdes
besoinsdelasociété,riendecivilisantetdeprogressif!Comment,aulieude
fairelagrandesynthèsedel'humanité,etdesuivre,àtraverslesévénementsde
l'histoire,lesphasesdel'idéerégénératriceetprovidentielle,peut-onfairedes
poésiesetdesromansquinemènentàrien,etquinefontpasavancerla
générationdanslechemindel'avenir?Commentpeut-ons'occuperdelaforme,
dustyle,delarimeenprésencedesigravesintérêts?—Quenousfont,ànous,
etlestyleetlarime,etlaforme?c'estbiendecelaqu'ils'agit(pauvresrenards,
ilssonttropverts)!—Lasociétésoufre,elleestenproieàungranddéchirement
intérieur(traduisez:personneneveuts'abonnerauxjournauxutiles).C'estau
poèteàchercherlacausedece__malaiseetàleguérir.Lemoyen,illetrouvera
ensympathisantdecoeuretd'âmeavecl'humanité(despoètesphilanthropes!ce
seraitquelquechosederareetdecharmant).Cepoète,nousl'attendons,nous
l'appelonsdetousnosvoeux.Quandilparaîtra,àluilesacclamationsdela
foule,àluilespalmes,àluilescouronnes,àluilePrytanée…_
Àlabonneheure;mais,commenoussouhaitonsquenotrelecteursetienne
éveilléjusqu'àlafindecettebienheureusePréface,nousnecontinueronspas
cetteimitationtrèsfidèledustyleutilitaire,qui,desanature,estpassablement
soporifique,etpourraitremplacer,avecavantage,lelaudanumetlesdiscours
d'académie.
_Préface__Non,imbéciles,non,crétinsetgoitreux…_
Non,imbéciles,non,crétinsetgoitreuxquevousêtes,unlivrenefaitpasdela
soupeàlagélatine;—unromann'estpasunepairedebottessanscouture;un
sonnet,uneseringueàjetcontinu;undramen'estpasunchemindefer,toutes
chosesessentiellementcivilisantes,etfaisantmarcherl'humanitédanslavoiedu
progrès.
Deparlesboyauxdetouslespapespassés,présentsetfuturs,nonetdeuxcent
millefoisnon.
Onnesefaitpasunbonnetdecotond'unemétonymie,onnechaussepasune
comparaisonenguisedepantoufle;onnesepeutservird'uneantithèsepour


parapluie;malheureusement,onnesauraitseplaquersurleventrequelques
rimesbarioléesenmanièredegilet.J'ailaconvictionintimequ'uneodeestun
vêtementtroplégerpourl'hiver,etqu'onneseraitpasmieuxhabilléavecla
strophe,l'antistropheetl'épodequecettefemmeducyniquequisecontentaitde
saseulevertupourchemise,etallaitnuecommelamain,àcequeraconte
l'histoire.
CependantlecélèbreM.deLaCalprenèdeeutunefoisunhabit,et,commeon
luidemandaitquelleétoffec'était,ilrépondit:DuSilvandre.—_Silvandre_était
unepiècequ'ilvenaitdefairereprésenteravecsuccès.
Depareilsraisonnementsfonthausserlesépaulespar-dessuslatête,etplushaut
queleducdeGlocester.
Desgensquiontlaprétentiond'êtredeséconomistes,etquiveulentrebâtirla
sociétédefondencomble,avancentsérieusementdesemblablesbillevesées.
Unromanadeuxutilités:—l'unematérielle,l'autrespirituelle,sil'onpeutse
servird'unepareilleexpressionàl'endroitd'unroman.—L'utilitématérielle,ce
sontd'abordlesquelquesmillefrancsquientrentdanslapochedel'auteur,etle
lestentdefaçonquelediableouleventnel'emportent;pourlelibraire,c'estun
beauchevalderacequipiaffeetsauteavecsoncabrioletd'ébèneetd'acier,
commeditFigaro;pourlemarchanddepapier,uneusinedeplussurunruisseau
quelconque,etsouventlemoyendegâterunbeausite;pourlesimprimeurs,
quelquestonnesdeboisdecampêchepoursemettrehebdomadairementle
gosierencouleur;pourlecabinetdelecture,destasdegrossoustrès
prolétairementvert-de-grisés,etunequantitédegraisse,qui,sielleétait
convenablementrecueillieetutilisée,rendraitsuperfluelapêchedelabaleine.
—L'utilitéspirituelleestque,pendantqu'onlitdesromans,ondort,etonnelit
pasdejournauxutiles,vertueuxetprogressifs,outellesautresdrogues
indigestesetabrutissantes.
Qu'ondiseaprèscelaquelesromansnecontribuentpasàlacivilisation.—Jene
parleraipasdesdébitantsdetabac,desépiciersetdesmarchandsdepommesde
terrefrites,quiontunintérêttrèsgranddanscettebranchedelittérature,le
papierqu'elleemploieétant,engénéral,dequalitésupérieureàceluides
journaux.
Envérité,ilyadequoirired'unpiedencarré,enentendantdissertermessieurs


lesutilitairesrépublicainsousaint-simoniens.—Jevoudraisbiensavoird'abord
cequeveutdireprécisémentcegrandflandrindesubstantifdontilstruffent
quotidiennementlevidedeleurscolonnes,etquileursertdeschibrolethetde
termesacramentel.—Utilité:quelestcemot,etàquois'applique-t-il?
Ilyadeuxsortesd'utilité,etlesensdecevocablen'estjamaisquerelatif.Cequi
estutilepourl'unnel'estpaspourl'autre.Vousêtessavetier,jesuispoète.—Il
estutilepourmoiquemonpremierversrimeavecmonsecond.—Un
dictionnairederimesm'estd'unegrandeutilité;vousn'enavezquefairepour
carrelerunevieillepairedebottes,etilestjustededirequ'untranchetneme
serviraitpasàgrand-chosepourfaireuneode.—Aprèscela,vousobjecterez
qu'unsavetierestbienau-dessusd'unpoète,etquel'onsepassemieuxdel'un
quedel'autre.Sansprétendrerabaisserl'illustreprofessiondesavetier,que
j'honoreàl'égaldelaprofessiondemonarqueconstitutionnel,j'avouerai
humblementquej'aimeraismieuxavoirmonsoulierdécousuquemonversmal
rimé,etquejemepasseraisplusvolontiersdebottesquedepoèmes.Nesortant
presquejamaisetmarchantplushabilementparlatêtequeparlespieds,j'use
moinsdechaussuresqu'unrépublicainvertueuxquinefaitquecourird'un
ministèreàl'autrepoursefairejeterquelqueplace.
Jesaisqu'ilyenaquipréfèrentlesmoulinsauxéglises,etlepainducorpsà
celuidel'âme.Àceux-là,jen'airienàleurdire.Ilsméritentd'êtreéconomistes
danscemonde,etaussidansl'autre.
Ya-t-ilquelquechosed'absolumentutilesurcetteterreetdanscettevieoùnous
sommes?D'abord,ilesttrèspeuutilequenoussoyonssurterreetquenous
vivions.Jedéfieleplussavantdelabandededireàquoinousservons,sice
n'estànepasnousabonnerau_Constitutionnel_niàaucuneespècedejournal
quelconque.
Ensuite,l'utilitédenotreexistenceadmise_apriori,_quellessontleschoses
réellementutilespourlasoutenir?Delasoupeetunmorceaudeviandedeux
foisparjour,c'esttoutcequ'ilfautpourseremplirleventre,danslastricte
acceptiondumot.L'homme,àquiuncercueildedeuxpiedsdelargesursixde
longsuffitetau-delàaprèssamort,n'apasbesoindanssaviedebeaucoupplus
deplace.Uncubecreuxdeseptàhuitpiedsdanstouslessens,avecuntroupour
respirer,uneseulealvéoledelaruche,iln'enfautpaspluspourlelogeret
empêcherqu'ilneluipleuvesurledos.Unecouverture,rouléeconvenablement
autourducorps,ledétendraaussibienetmieuxcontrelefroidquelefracde


Staubleplusộlộgantetlemieuxcoupộ.
Aveccela,ilpourrasubsisterlalettre.Onditbienqu'onpeutvivreavec25
sousparjour;maiss'empờcherdemourir,cen'estpasvivre;etjenevoispasen
quoiunevilleorganisộeutilitairementseraitplusagrộablehabiterquelePốrela-Chaise.
Riendecequiestbeaun'estindispensablelavie.Onsupprimeraitles
fleurs,lemonden'ensouffriraitpasmatộriellement;quivoudraitcependantqu'il
n'yeỷtplusdefleurs?Jerenonceraisplutụtauxpommesdeterrequ'auxroses,et
jecroisqu'iln'yaqu'unutilitaireaumondecapabled'arracheruneplate-bande
detulipespouryplanterdeschoux.
quoisertlabeautộdesfemmes?Pourvuqu'unefemmesoitmộdicalementbien
conformộe,enộtatdefairedesenfants,elleseratoujoursassezbonnepourdes
ộconomistes.
quoibonlamusique?quoibonlapeinture?Quiauraitlafoliedeprộfộrer
MozartM.Carrel,etMichel-Angel'inventeurdelamoutardeblanche?
Iln'yadevraimentbeauquecequinepeutservirrien;toutcequiestutileest
laid,carc'estl'expressiondequelquebesoin,etceuxdel'hommesontignobleset
dộgoỷtants,commesapauvreetinfirmenature.L'endroitleplusutiled'une
maison,cesontleslatrines.
Moi,n'endộplaisecesmessieurs,jesuisdeceuxpourquilesuperfluestle
nộcessaire,etj'aimemieuxleschosesetlesgensenraisoninversedes
servicesqu'ilsmerendent.Jeprộfốrecertainvasequimesertunvasechinois,
semộdedragonsetdemandarins,quinemesertpasdutout,etceluidemes
talentsquej'estimeleplusestdenepasdevinerleslogogriphesetlescharades.
JerenonceraistrốsjoyeusementmesdroitsdeFranỗaisetdecitoyenpourvoir
untableauauthentiquedeRaphaởl,ouunebellefemmenue:laprincesse
Borghốse,parexemple,quandelleaposộpourCanova,oulaJuliaGrisiquand
elleentreaubain.Jeconsentiraistrốsvolontiers,pourmapart,auretourdecet
anthropophagedeCharlesX,s'ilmerapportait,desonchõteaudeBohờme,un
panierdeTokayoudeJohannisberg,etjetrouveraislesloisộlectoralesassez
larges,siquelquesruesl'ộtaientplus,etd'autreschosesmoins.Quoiquejene
soispasundilettante,j'aimemieuxlebruitdescrincrinsetdestamboursde
basquequeceluidelasonnettedeM.leprộsident.Jevendraismaculottepour


avoirunebague,etmonpainpouravoirdesconfitures.—L'occupationlaplus
séanteàunhommepolicémeparaîtdenerienfaire,oudefumeranalytiquement
sapipeousoncigare.J'estimeaussibeaucoupceuxquijouentauxquilles,et
aussiceuxquifontbienlesvers.Vousvoyezquelesprincipesutilitairessont
bienloind'êtrelesmiens,etquejeneseraijamaisrédacteurdansunjournal
vertueux,àmoinsquejenemeconvertisse,cequiseraitassezdrolatique.
AulieudefaireunprixMontyonpourlarécompensedelavertu,j'aimerais
mieuxdonner,commeSardanapale,cegrandphilosophequel'onasimal
compris,uneforteprimeàceluiquiinventeraitunnouveauplaisir;carla
jouissancemeparaîtlebutdelavie,etlaseulechoseutileaumonde.Dieul'a
vouluainsi,luiquiafaitlesfemmes,lesparfums!alumière,lesbellesfleurs,les
bonsvins,leschevauxfringants,leslevrettesetleschatsangoras;luiquin'apas
ditàsesanges:Ayezdelavertu,mais:Ayezdel'amour,etquinousadonnéune
boucheplussensiblequelerestedelapeaupourembrasserlesfemmes,des
yeuxlevésenhautpourvoirlalumière,unodoratsubtilpourrespirerl'âmedes
fleurs,descuissesnerveusespourserrerlesflancsdesétalons,etvoleraussivite
quelapenséesanschemindefernichaudièreàvapeur,desmainsdélicatespour
lespassersurlatêtelonguedeslevrettes,surledosveloutédeschats,etsur
l'épaulepoliedescréaturespeuvertueuses,etqui,enfin,n'aaccordéqu'ànous
seulscetripleetglorieuxprivilègedeboiresansavoirsoif,debattrelebriquet,
etdefairel'amourentoutessaisons,cequinousdistinguedelabrutebeaucoup
plusquel'usagedeliredesjournauxetdefabriquerdeschartes.
MonDieu!quec'estunesottechosequecetteprétendueperfectibilitédugenre
humaindontonnousrebatlesoreilles!Ondiraitenvéritéquel'hommeestune
machinesusceptibled'améliorations,etqu'unrouagemieuxengrené,un
contrepoidsplusconvenablementplacépeuventfairefonctionnerd'unemanière
pluscommodeetplusfacile.Quandonseraparvenuàdonnerunestomacdouble
àl'homme,defaçonàcequ'ilpuisseruminercommeunboeuf,desyeuxde
l'autrecôtédelatête,afinqu'ilpuissevoir,commeJanus,ceuxquiluitirentla
languepar-derrière,etcontemplerson_indignité_dansunepositionmoins
gênantequecelledelaVénusCallipyged'Athènes,àluiplanterdesailessurles
omoplatesafinqu'ilnesoitpasobligédepayersixsouspourallerenomnibus;
quandonluiauracrééunnouvelorgane,àlabonneheure:lemot_perfectibilité
_commenceraàsignifierquelquechose.Depuistouscesbeaux
perfectionnements,qu'a-t-onfaitqu'onnefîtaussibienetmieuxavantledéluge?
Est-onparvenuàboireplusqu'onnebuvaitautempsdel'ignoranceetdela


barbarie(vieuxstyle)?Alexandre,l'ộquivoqueamidubelEphestion,nebuvait
pastropmalquoiqu'iln'yeỷtpasdesontempsde_JournaldesConnaissances
utiles,_etjenesaispasquelutilitaireseraitcapabledetarir,sansdevenir
oùnopiqueetplusenflộqueLepeintrejeuneouqu'unhippopotame,lagrande
coupequ'ilappelaitlatassed'Hercule.LemarộchaldeBassompierre,quividasa
grandebatteentonnoirlasantộdestreizecantons,meparaợtsinguliốrement
estimabledanssongenreettrốsdifficileperfectionner.
Quelộconomistenousộlargiral'estomacdemaniốrecontenirautantde
beefsteaksquefeuMilonleCrotoniatequimangeaitunboeuf?LacarteduCafộ
Anglais,deVộfour,oudetelleautrecộlộbritộculinairequevousvoudrez,me
paraợtbienmaigreetbienoecumộnique,comparộelacartedudợnerde
Trimalcion.quelletablesert-onmaintenantunetruieetsesdouze
marcassinsdansunseulplat?Quiamangộdesmurốnesetdeslamproies
engraissộesavecdel'homme?Croyez-vousenvộritộqueBrillat-Savarinait
perfectionnộApicius?Est-cechezChevetquelegrostripierdeVitellius
trouveraitremplirsonfameuxbouclierdeMinervedecervellesdefaisansetde
paons,delanguesdephộnicoptốresetdefoiesdescarrus?Voshuợtresdu
RocherdeCancalesentvraimentquelquechosedebienrecherchộcụtộdes
huợtresdeLucrin,quil'onavaitfaitunemertoutexprốs.Lespetites
maisonsdanslesfaubourgsdesmarquisdelaRộgencesontdemisộrablesvidebouteilles,sionlescompareauxvillasdespatriciensromains,Baùes,Caprộe
etTibur.Lesmagnificencescyclopộennesdecesgrandsvoluptueuxlui
bõtissaientdesmonumentsộternelspourdesplaisirsd'unjournedevraient-elles
pasnousfairetomberplatventredevantlegộnieantique,etrayertoutjamais
denosdictionnaireslemotperfectibilitộ?
A-t-oninventộunseulpộchộcapitaldeplus?Iln'yenamalheureusementque
septcommedevant,lenombredechutesdujustepourunjour,cequiestbien
mộdiocre.Jenepensemờmepasqu'aprốsunsiốgedeprogrốs,autraindont
nousyallons,aucunamoureuxsoitcapablederenouvelerletreiziốmetravail
d'Hercule.Peut-onờtreagrộableuneseulefoisdeplussadivinitộqu'au
tempsdeSalomon?Beaucoupdesavantstrốsillustresetdedamestrốs
respectablessoutiennentl'opiniontoutfaitcontraire,etprộtendentque
l'amabilitộvadộcroissant.Ehbien!alors,quenousparlez-vousdeprogrốs?Je
saisbienquevousmedirezquel'onaunechambrehauteetunechambrebasse,
qu'onespốrequebientụttoutlemondeseraộlecteur,etlenombredes
reprộsentantsdoublộoutriplộ.Est-cequevoustrouvezqu'ilnesecommetpas
assezdefautesdefranỗaiscommecelalatribunenationale,etqu'ilsnesont


pasassezpourlaméchantebesognequ'ilsontàbrasser?Jenecomprendsguère
l'utilitéqu'ilyadeparquerdeuxoutroiscentsprovinciauxdansunebaraquede
bois,avecunplafondpeintparM.Fragonard,pourleurfairetripoteretgâcherje
nesaiscombiendepetitesloisabsurdesouatroces.—Qu'importequecesoitun
sabre,ungoupillonouunparapluiequivousgouverne!—C'esttoujoursun
bâton,etjem'étonnequedeshommesdeprogrèsensoientàdisputersurle
choixdugourdinquileurdoitchatouillerl'épaule,tandisqu'ilseraitbeaucoup
plusprogressifetmoinsdispendieuxdelecasseretd'enjeterlesmorceauxà
touslesdiables.
Leseuldevousquiaitlesenscommun,c'estunfou,ungrandgénie,un
imbécile,undivinpoètebienau-dessusdeLamartine,deHugoetdeByron;c'est
CharlesFourierlephalanstérienquiestàluiseultoutcela:luiseulaeudela
logique,etal'audacedepoussersesconséquencesjusqu'aubout.—Ilaffirme,
sanshésiter,queleshommesnetarderaientpasàavoirunequeuedequinze
piedsdelongavecunoeilaubout;cequi,assurément,estunprogrès,etpermet
defairemillebelleschosesqu'onnepouvaitfaireauparavant,tellesque
d'assommerleséléphantssanscoupférir,desebalancerauxarbressans
escarpolettes,aussicommodémentquelemacaquelemieuxconditionné,dese
passerdeparapluieoud'ombrelle,endéployantlaqueuepar-dessussatêteen
guisedepanache,commefontlesécureuilsquisepriventderiflardstrès
agréablement,etautresprérogativesqu'ilseraittroplongd'énumérer.Plusieurs
phalanstériensprétendentmêmequ'ilsenontdéjàunepetitequinedemande
qu'àdevenirplusgrande,pourpeuqueDieuleurprêtevie.
CharlesFourierainventéautantd'espècesd'animauxqueGeorgesCuvier,le
grandnaturaliste.Ilainventédeschevauxquiseronttroisfoisgroscommedes
éléphants,deschiensgrandscommedestigres,despoissonscapablesde
rassasierplusdemondequelestroispoissonsdeJésus-Christquelesincrédules
voltairienspensentêtredespoissonsd'avril,etmoiunemagnifiqueparabole.Ila
bâtidesvillesauprèsdequiRome,BabyloneetTyrnesontquedestaupinières;
ilaentassédesBabelsl'unesurl'autre,etfaitmonterdanslesriflesdesspirales
plusinfiniesquecellesdetouteslesgravuresdeJohnMartinn;ilaimaginéjene
saiscombiend'ordresd'architectureetdenouveauxassaisonnements;ilafaitun
projetdethéâtrequiparaîtraitgrandiosemêmeàdesRomainsdel'empire,et
dresséunmenudedînerqueLuciusouNomentanuseussentpeut-êtretrouvé
suffisantpourundînerd'amis;ilprometdecréerdesplaisirsnouveaux,etde
développerlesorganesetlessens;ildoitrendrelesfemmesplusbellesetplus
voluptueuses,leshommesplusrobustesetplusvigoureux;ilvousgarantitdes


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